La justice a frappé dans un dossier qui, depuis des mois, empoisonne l’image de l’université marocaine. Vendredi 3 avril 2026, la chambre des crimes financiers de la Cour d’appel de Marrakech a rendu ses verdicts dans l’affaire dite de la vente de diplômes de master à la Faculté de droit d’Agadir, un scandale devenu l’un des symboles les plus marquants du malaise qui touche une partie du système universitaire.
Au cœur de ce dossier, un enseignant universitaire de la Faculté de droit relevant de l’Université Ibn Zohr a été condamné à quatre ans de prison ferme, assortis d’une lourde amende. Un autre mis en cause a écopé de la même peine, tandis qu’une troisième prévenue a été condamnée à deux ans de prison ferme. Le tribunal a également prononcé une peine d’un an de prison ferme contre un responsable de greffe lié au dossier, huit mois ferme contre un autre prévenu, et la relaxe d’un accusé. Ces peines, plus sévères que certaines premières versions relayées au début de l’affaire, traduisent la volonté de la justice d’envoyer un signal fort.
L’affaire a éclaté sur fond de soupçons de manipulation de l’accès au cycle de master et de délivrance de diplômes universitaires en contrepartie d’argent ou d’interventions d’influence. Selon les éléments rapportés par la presse, le principal accusé était poursuivi pour corruption et trafic d’influence présumé, tandis que d’autres prévenus répondaient notamment de participation à la corruption et à l’exploitation de réseaux d’influence.
Les investigations avaient démarré en mai 2025, à la suite d’enquêtes conduites sous l’autorité du juge d’instruction près la Cour d’appel de Marrakech. L’enseignant concerné avait alors été placé en détention, alors que d’autres suspects avaient été poursuivis en liberté provisoire, avec retrait des passeports et interdiction de quitter le territoire. Le dossier avait rapidement dépassé le simple cadre judiciaire pour devenir une affaire d’opinion, tant il touchait à une question sensible : la crédibilité de la certification universitaire.
Au-delà des condamnations, cette affaire remet brutalement en lumière une fracture profonde. Car lorsqu’un master, censé consacrer le mérite, le travail et l’égalité des chances, se retrouve éclaboussé par des soupçons de marchandage, c’est toute la confiance dans l’ascenseur social qui vacille. Le scandale d’Agadir ne concerne donc pas seulement quelques individus ; il ravive une interrogation nationale sur les mécanismes de contrôle, la moralisation de l’enseignement supérieur et la protection de la valeur des diplômes marocains.
Reste désormais à savoir si ces peines marqueront un véritable tournant ou si elles ne seront qu’un épisode de plus dans la longue bataille contre la corruption. Une chose est certaine : dans cette affaire, la justice a voulu rappeler que l’université n’est pas un marché et que le savoir ne peut, en principe, ni s’acheter ni se vendre.












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