Une nouvelle affaire d’escroquerie immobilière vient secouer le Maroc et raviver les inquiétudes autour d’un phénomène qui ne cesse de fragiliser la confiance des citoyens, notamment celle des Marocains Résidant à l’Étranger, envers certains projets immobiliers annoncés comme sûrs et prometteurs.
Un promoteur immobilier de 33 ans a été placé en détention à la prison d’Al Arjat 2 après son audition devant le juge d’instruction de Témara. Il est poursuivi pour escroquerie et détournement de fonds dans une affaire aux proportions spectaculaires impliquant près de 300 victimes officiellement recensées, pour un montant global estimé à plus de 80 millions de dirhams.
Selon les premiers éléments de l’enquête, le suspect aurait mis en place un système parfaitement rodé pour attirer ses victimes. Des bureaux luxueux installés dans les quartiers huppés d’Agdal et de Hay Riad servaient de vitrine rassurante pour convaincre les futurs acquéreurs d’investir dans des appartements sociaux ou de moyen standing prétendument en cours de réalisation.
Séduits par des campagnes commerciales agressives et des promesses de livraison rapide, les acheteurs versaient des acomptes atteignant parfois 80 % du prix total des logements. Certains ont déboursé près de 200.000 dirhams pour des appartements économiques, tandis que d’autres ont avancé jusqu’à 400.000 dirhams pour des biens de standing supérieur.
Mais derrière les brochures séduisantes et les reçus remis aux clients, la réalité était toute autre. Plusieurs victimes ont découvert, après des années d’attente et de reports successifs, que certains appartements avaient été revendus à plusieurs personnes à la fois. Plus grave encore, les immeubles promis n’auraient parfois jamais existé autrement que sur papier.
Le choc est d’autant plus violent que de nombreux Marocains Résidant à l’Étranger figurent parmi les victimes. Pour beaucoup d’entre eux, ces investissements représentaient l’aboutissement d’années de sacrifices et d’économies dans l’espoir de préparer un retour définitif au pays ou d’offrir un logement à leurs familles.
Face au silence du promoteur, les acquéreurs lésés ont multiplié les sit-in et les manifestations à Rabat, notamment devant une annexe du ministère de l’Intérieur, jusqu’à provoquer l’ouverture d’une enquête judiciaire.
Les investigations ont révélé des éléments particulièrement troublants. Le terrain destiné à accueillir les projets immobiliers n’aurait jamais été légalement acquis par le promoteur. La parcelle appartiendrait en réalité à des héritiers, tandis que le compte bancaire du suspect aurait été retrouvé totalement vide au moment de son arrestation.
Au-delà de cette affaire, c’est tout le climat de confiance dans le secteur immobilier qui se retrouve de nouveau fragilisé. Car ce type d’escroquerie n’est malheureusement plus un cas isolé. Depuis plusieurs années, des centaines de familles marocaines affirment avoir été victimes de pratiques similaires, entre projets fantômes, doubles ventes, retards interminables et disparition soudaine de promoteurs.
Beaucoup dénoncent également la faiblesse des sanctions prononcées dans ce genre de dossiers. Plusieurs observateurs estiment que certains escrocs considèrent désormais ces opérations frauduleuses comme extrêmement rentables : après avoir encaissé des dizaines, voire des centaines de millions de dirhams, les peines encourues restent parfois limitées à quelques années de prison avant une éventuelle remise en liberté.
Cette situation alimente un sentiment d’injustice profond chez les victimes, qui voient leurs économies partir en fumée tandis que les procédures judiciaires s’éternisent souvent pendant des années. Plusieurs professionnels du secteur craignent désormais que ces scandales à répétition ne détériorent durablement l’image de la promotion immobilière marocaine, y compris auprès des investisseurs étrangers et des MRE.
L’affaire de Témara pourrait ainsi devenir un nouveau symbole de l’urgence d’un encadrement plus strict du secteur, d’un contrôle renforcé des projets immobiliers et surtout de sanctions plus dissuasives pour les auteurs de fraudes immobilières massives.












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