Le Conseil de la concurrence remet une nouvelle fois le dossier sensible des carburants au centre du débat public. Dans une note publiée le 31 mars, l’institution observe que, sur la période allant du 1er au 16 mars 2026, la hausse des cours internationaux n’a pas été répercutée de manière identique sur le gasoil et sur l’essence au Maroc. Cette lecture intervient dans un contexte marqué par les secousses géopolitiques au Moyen-Orient, qui continuent d’alimenter la volatilité des marchés pétroliers et de peser sur un pays fortement dépendant des importations d’hydrocarbures.
Dans le détail, le régulateur relève que le gasoil a connu une hausse internationale de 2,92 dirhams par litre, alors que le relèvement à la pompe n’a atteint que 2,03 dirhams, soit un taux de transmission estimé à 69,5 %. L’essence suit, elle, une logique inverse : pour une progression internationale de 1,26 dirham par litre, le prix à la pompe a augmenté de 1,43 dirham, ce qui traduit une répercussion supérieure à la variation observée sur les marchés de référence. Ce contraste nourrit les interrogations sur les mécanismes de fixation des prix selon les produits.
Le Conseil souligne aussi des écarts notables en amont, au niveau des prix de cession pratiqués par les distributeurs à l’égard des gérants de stations-service. Pour le seul gasoil, ces différences peuvent atteindre 0,20 dirham par litre, soit près de 10 % de la hausse constatée. Cela traduit, selon l’institution, des politiques commerciales distinctes entre opérateurs, même si, au niveau du détail, la concurrence locale tend ensuite à lisser les écarts et à rapprocher les tarifs affichés à la pompe.
Autre sujet relancé : le calendrier d’ajustement des prix, toujours fondé sur une révision bimensuelle, le 1er et le 16 de chaque mois. Hérité de l’ancien système de régulation, ce mécanisme offre une forme de stabilité, mais il peut aussi favoriser des comportements d’alignement entre opérateurs. Le Conseil de la concurrence indique avoir engagé des échanges avec les acteurs du secteur pour étudier d’éventuelles évolutions, dans l’objectif affiché de stimuler davantage la concurrence sans déstabiliser le marché.
Cette note intervient alors qu’une nouvelle hausse est entrée en vigueur au 1er avril 2026, prolongeant le mouvement amorcé à la mi-mars. Le dossier dépasse désormais la simple question technique des cours internationaux : il renvoie plus largement à la transparence du marché, à la lisibilité des marges et à la capacité des autorités à rassurer des consommateurs déjà fragilisés par l’érosion du pouvoir d’achat. Plus que jamais, le carburant reste au Maroc un marqueur économique, social et politique.











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