Bien qu’ils aient obtenu une demi-victoire après plusieurs semaines de mobilisation et de pression, les parents d’élèves des établissements relevant de l’AEFE au Maroc restent loin d’être rassurés. Le récent courrier adressé aux représentants des familles par la direction générale de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger confirme certes un léger recul sur les augmentations prévues, mais il est loin d’éteindre la colère grandissante au sein de nombreuses familles.
Dans cette correspondance, l’AEFE annonce avoir revu à la baisse le coût du projet immobilier du collège Saint-Exupéry de Rabat, dont le budget passe de 18,5 à 12,5 millions d’euros, grâce à un phasage des travaux destiné à limiter l’impact immédiat sur les finances des familles. Une décision qui permettra, selon l’agence française, de réduire d’un point la hausse des frais de scolarité prévue pour la rentrée 2026, laquelle passerait ainsi de 7 % à 6 %. Une concession jugée largement insuffisante par de nombreux parents, qui dénoncent une logique de hausse permanente devenue insupportable.
Car pour les familles, le problème dépasse désormais largement la seule question des pourcentages. Derrière cette nouvelle augmentation, même réduite, beaucoup voient surtout la confirmation d’un système devenu, selon eux, financièrement étouffant et déconnecté des réalités économiques vécues par les ménages installés au Maroc.
Depuis plusieurs années, les parents dénoncent une envolée continue des frais d’inscription, des coûts annexes et des charges scolaires, alors même que de nombreuses voix pointent un essoufflement progressif de la qualité pédagogique, des classes parfois surchargées et un recours croissant à des recrutements jugés moins qualifiés qu’auparavant.
Pour beaucoup de familles, la crise actuelle est avant tout le résultat d’une stratégie plus globale menée par la France pour renforcer l’expansion de son réseau scolaire à l’étranger, sans que l’État français n’assume pleinement le financement de cette politique. Résultat : ce sont les parents qui ont progressivement le sentiment de devenir les principaux contributeurs d’une ambition internationale dont ils supportent presque seuls le coût.
Le courrier adressé cette semaine n’a d’ailleurs fait qu’alimenter davantage les inquiétudes. L’AEFE y reconnaît elle-même que les charges salariales vont continuer à augmenter fortement, notamment en raison de la prise en charge progressive des pensions de retraite des personnels détachés. Une perspective qui laisse craindre aux familles que les hausses actuelles ne soient qu’un début.
Face à cette situation, les associations de parents d’élèves, particulièrement mobilisées au Maroc, réclament désormais bien plus qu’un simple gel partiel des augmentations. Elles exigent une véritable transparence sur la gestion financière des établissements, une concertation réelle sur les projets immobiliers et pédagogiques ainsi qu’une remise à plat du modèle économique de l’enseignement français à l’étranger.
Même si un début de dialogue semble aujourd’hui s’installer entre les représentants des familles et l’AEFE, beaucoup de parents restent convaincus que le bras de fer est loin d’être terminé. Derrière l’apaisement affiché dans les courriers officiels, la défiance demeure profonde et la colère continue de couver au sein d’une communauté scolaire qui estime avoir été poussée à bout.
Par Jalil Nouri












Contactez Nous