À l’approche de la Coupe du Monde 2030, le Maroc multiplie les chantiers, modernise ses stades, aménage ses infrastructures et prépare son image devant le monde. Mais derrière cette dynamique ambitieuse, une question essentielle demeure presque absente du débat public : quelle place sera réellement accordée aux personnes à mobilité réduite et aux non-voyants ?
Car si les nouveaux stades semblent intégrer des accès adaptés, le reste de l’espace public continue trop souvent d’exclure silencieusement les citoyens handicapés. Trottoirs impraticables, voitures stationnées n’importe où, commerces débordant sur la voie publique, rampes inexistantes, administrations difficiles d’accès, transports publics insuffisamment adaptés : pour beaucoup de PMR, sortir de chez soi reste un véritable parcours d’obstacles.
Les non-voyants, eux aussi, vivent cette injustice au quotidien. Aux feux rouges, l’absence de signalisation sonore les expose à un danger permanent. Dans les services publics, dans les établissements scolaires, les universités ou les espaces numériques, l’accessibilité reste encore largement insuffisante. Ce retard n’est plus seulement technique, il devient moral.
Le paradoxe est frappant : le Maroc s’apprête à accueillir des milliers de visiteurs venus du monde entier, dont des supporters handicapés, tout en laissant ses propres citoyens affronter des villes qui ne sont pas pensées pour eux. Un Mondial ne se gagne pas seulement avec de beaux stades, des routes neuves et des hôtels rénovés. Il se réussit aussi par la capacité d’un pays à offrir une dignité égale à tous.
L’accessibilité ne concerne d’ailleurs pas uniquement les handicapés. Elle bénéficie également aux personnes âgées, aux familles avec poussettes, aux malades, aux touristes et à toute une société appelée à mieux vivre dans l’espace commun.
Le Mondial 2030 doit donc être plus qu’un événement sportif. Il doit devenir un tournant social. Car un pays moderne ne se mesure pas uniquement à la hauteur de ses tours ou à la beauté de ses stades, mais à la manière dont il traite ceux que la ville oublie trop souvent. Le Maroc a aujourd’hui l’occasion historique de transformer cette Coupe du Monde en victoire humaine.
Par Salma Semmar












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