Pourquoi les Marocaines ont-elles moins d’enfants qu’auparavant ? La question s’impose avec force à la lumière des données de l’INED, qui situent désormais la fécondité au Maroc à 1,98 enfant par femme, soit en dessous du seuil de renouvellement des générations. Près de 70 % des femmes auraient également recours à la contraception.
Cette évolution marque un tournant profond. Dans les années 1960, le Maroc comptait plus de 7 enfants par femme. Aujourd’hui, le modèle de la famille nombreuse recule, surtout en milieu urbain. Le pays, longtemps porté par une population jeune, entre progressivement dans une nouvelle réalité démographique.
Plusieurs facteurs expliquent cette baisse : recul de l’âge du mariage, scolarisation des filles, accès des femmes au travail, coût élevé du logement, charges liées à l’éducation, à la santé et à la vie quotidienne. De nombreux couples préfèrent désormais limiter les naissances pour mieux préserver leur équilibre financier et offrir de meilleures conditions à leurs enfants.
À cela s’ajoutent l’évolution des mentalités et, selon certains spécialistes, la progression des problèmes de fertilité liés au stress, à la pollution, aux habitudes de vie et aux maternités plus tardives.
Mais cette transformation silencieuse peut devenir préoccupante. Moins de naissances signifie, demain, une population plus âgée, une pression accrue sur les retraites, une baisse possible de la main-d’œuvre et un ralentissement de la consommation intérieure.
Le paradoxe est frappant : alors que le Maroc multiplie les investissements dans l’industrie automobile, l’aéronautique, les énergies renouvelables, les nouvelles technologies et les infrastructures, il pourrait être confronté, dans les décennies à venir, à une diminution progressive de sa population active. Or, la réussite économique d’un pays repose en grande partie sur la disponibilité d’une main-d’œuvre jeune, qualifiée et abondante. Une natalité durablement faible risque d’entraîner des pénuries de compétences dans certains secteurs stratégiques, une pression accrue sur les systèmes de retraite et de santé, ainsi qu’un ralentissement de la croissance. La démographie devient ainsi un enjeu aussi important que l’économie ou l’investissement pour préparer l’avenir du Royaume.
Par Salma Semmar












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