Face à une pression hydrique devenue l’un des grands défis stratégiques du Royaume, le Maroc vient de franchir une nouvelle étape dans le renforcement de sa politique nationale de l’eau. Un programme d’appui de 3,7 milliards de dirhams, soit environ 348 millions d’euros, a été lancé à Rabat avec le soutien de l’Union européenne, de la France, de l’Allemagne et de l’Italie.
Cette enveloppe combine 48 millions d’euros de subventions européennes et 300 millions d’euros de prêts concessionnels mobilisés auprès de trois institutions financières : l’Agence française de développement, la banque allemande KfW et la Cassa Depositi e Prestiti italienne. L’AFD assurera le rôle de chef de file du cofinancement.
Ce programme s’inscrit dans l’approche dite « Équipe Europe » et vise à accompagner le Maroc dans la mise en œuvre de sa politique nationale de l’eau. Il intervient dans un contexte marqué par la succession des années de sécheresse, la baisse des ressources hydriques et l’urgence d’adapter le modèle national aux effets du changement climatique.
L’appui européen portera notamment sur l’amélioration de la connaissance des ressources en eau, la gestion des épisodes extrêmes tels que les sécheresses et les inondations, la préservation des eaux souterraines, la protection de la qualité de l’eau et le renforcement des capacités des institutions chargées du secteur.
Cette initiative vient consolider les efforts déjà engagés par le Royaume à travers le Plan national de l’eau et le Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027. Elle s’inscrit également dans le Partenariat vert Maroc-UE et le Pacte pour la Méditerranée, qui placent la résilience climatique et la gestion durable des ressources naturelles au cœur de leurs priorités.
Pour le Maroc, l’eau n’est plus seulement une question d’infrastructures. Elle est désormais un enjeu de souveraineté, de sécurité économique et de justice territoriale. En mobilisant ses partenaires européens autour de ce chantier vital, le Royaume confirme sa volonté d’anticiper les crises hydriques et de protéger une ressource devenue aussi précieuse que stratégique.



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Présenter ce programme comme un soutien financier au Maroc masque une réalité souvent observée dans les mécanismes d’aide internationale : une grande partie des fonds revient indirectement aux pays prêteurs. Les prêts concessionnels sont fréquemment accompagnés de conditions explicites ou implicites favorisant les entreprises, bureaux d’études et cabinets de conseil des pays qui financent le projet. Au final, une part importante de l’argent mobilisé ne profite pas directement au développement des compétences nationales ni à l’industrie marocaine.
Cette logique soulève la question de la souveraineté économique. Alors que le Maroc dispose d’ingénieurs, de bureaux d’études et d’entreprises capables d’intervenir sur de nombreux projets hydrauliques, les marchés les plus stratégiques sont souvent attribués à des acteurs étrangers. Cette dépendance limite le transfert réel de savoir-faire et empêche l’émergence d’une expertise nationale forte dans un secteur aussi crucial que celui de l’eau.
Par ailleurs, l’idée selon laquelle l’expertise étrangère serait systématiquement supérieure mérite d’être nuancée. Dans certains cas, les consultants mobilisés par les bailleurs sont davantage des gestionnaires de projets ou des experts généralistes que de véritables spécialistes des problématiques locales. Ils connaissent parfois mal les réalités climatiques, géographiques et institutionnelles du Maroc, ce qui peut conduire à des recommandations peu adaptées au terrain.
Il existe également une critique sur le rapport coût-efficacité de ces prestations. Les honoraires des cabinets internationaux sont souvent très élevés comparés aux standards locaux. Une partie significative des financements peut ainsi être absorbée par les études, l’assistance technique et le conseil, au détriment des investissements concrets dans les infrastructures hydrauliques, les barrages, les réseaux de distribution ou les stations de dessalement.
Enfin, cette approche entretient un cercle vicieux : le Maroc s’endette pour financer des projets dont une partie des retombées économiques bénéficie aux entreprises des pays créanciers. Au lieu de renforcer durablement l’autonomie technique et industrielle nationale, ce modèle risque de prolonger une forme de dépendance envers les bailleurs internationaux et leurs réseaux d’experts.
La véritable question n’est donc pas seulement le montant du financement annoncé, mais la part réelle de la valeur créée qui restera au Maroc, ainsi que le niveau de transfert de compétences dont bénéficieront les acteurs nationaux à long terme.