Une fois de plus, le torchon brûle entre les barreaux d’avocats du Royaume et le ministre de la Justice, auquel ils reprochent des déclarations jugées excessives à leur égard. Mais le malaise est-il réellement limité à un simple échange d’accusations, ou traduit-il une fracture plus profonde qui s’est installée au fil des derniers mois ?
Tant pis, une fois encore, pour les citoyens qui risquent de se retrouver pris en otage au milieu d’un conflit opposant l’actuel ministre de la Justice à une profession dont il est lui-même issu. Abdellatif Ouahbi reproche régulièrement aux avocats leur manque de sérieux et leur recours systématique à la grève. C’est pourtant précisément cette voie qu’ont choisi d’emprunter les barreaux, qui prévoient une cessation de travail d’une semaine, du 15 au 21 juin, avec la possibilité de prolonger le mouvement si aucun apaisement n’intervient.
Ce conflit laisse apparaître des positions toujours aussi rigides de part et d’autre, alors que beaucoup pensaient le dossier clos après l’intervention du Chef du gouvernement et l’adoption par le Parlement du projet de loi encadrant la profession d’avocat. Un texte largement amendé en faveur des revendications des avocats par rapport à sa version initiale. Une issue qui aurait laissé un goût amer au ministre, fragilisé par les concessions finalement accordées.
Les barreaux ont d’ailleurs choisi de saisir une nouvelle fois le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, à travers une lettre dans laquelle ils accusent le ministre de déformer la réalité et de compromettre la stabilité ainsi que l’avenir de la profession par des déclarations qualifiées « d’irresponsables ». À leurs yeux, certaines prises de position du ministre donnent l’impression d’une volonté de mettre la profession sous pression plutôt que de rechercher un terrain d’entente.
Selon les représentants des avocats, jamais un ministre de la Justice n’aurait entretenu un rapport aussi conflictuel avec cette profession, au point, disent-ils, de porter atteinte à son image auprès de l’opinion publique nationale et internationale.
Dès lors, une question demeure : le Chef du gouvernement dispose-t-il encore de la marge de manœuvre nécessaire pour jouer les médiateurs dans ce bras de fer devenu aussi politique qu’institutionnel ? Une chose est certaine : une nouvelle paralysie des tribunaux ne fera qu’alourdir les retards judiciaires et accroître la frustration des justiciables, premiers perdants de cette crise sans fin.
Par Jalil Nouri












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