Le constat est bien plus qu’alarmant : il est préoccupant à tous les niveaux et suscite de nombreuses interrogations. Comment expliquer une telle hémorragie de compétences, à laquelle aucun remède durable ne semble pouvoir être apporté ? Lorsque deux médecins quittent le pays chaque jour, le calcul est vite fait.
Les systèmes universitaire et de santé forment des médecins dont le Maroc a cruellement besoin, mais qui finissent par exercer sous d’autres cieux, où ils sont accueillis à bras ouverts et bénéficient de conditions de travail et de vie particulièrement attractives pour eux et leurs familles. Pendant ce temps, dans leur propre pays, des médecins résidents dans les hôpitaux publics dénoncent des retards de paiement de leurs salaires et de leurs indemnités de garde depuis plusieurs mois. Plus qu’une épreuve, c’est une profonde injustice ressentie après de longues années d’études exigeantes et de dévouement à une vocation.
« Comment vivre avec 5 000 dirhams par mois lorsqu’on est médecin ? », répètent-ils aujourd’hui, déplorant l’absence de dialogue avec leur tutelle. Selon eux, plusieurs engagements pris n’ont pas été respectés et les courriers adressés par leurs associations restent sans réponse. À l’approche d’un nouveau mouvement de protestation, ils estiment ne plus être entendus que lorsque la tension atteint son paroxysme.
Métier noble, exigeant et fondé sur le sens du sacrifice, la médecine repose sur des valeurs d’humanisme, de compassion et de service à autrui, parfois au péril de sa propre vie. Pourtant, la profession médicale au Maroc semble progressivement se vider d’une partie de ses forces vives. De plus en plus de praticiens considèrent l’exil comme la seule perspective viable pour exercer dans des conditions dignes de leur engagement et de leurs compétences. Une situation qui, si elle perdure, risque d’aggraver davantage encore les difficultés du système de santé national.
Par Jalil Nouri












Contactez Nous