La 15e Réunion de haut niveau maroco-française, tenue jeudi à Rabat sous la coprésidence du Chef du gouvernement Aziz Akhannouch et du Premier ministre français Sébastien Lecornu, a débouché sur la signature d’une importante série d’accords couvrant des secteurs aussi variés que les transports, l’eau, l’éducation, la culture, l’industrie, l’agriculture et la coopération diplomatique.
Au-delà du cérémonial habituel, cette rencontre marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre Rabat et Paris. Après plusieurs années de tensions et d’incompréhensions, les deux capitales entendent désormais traduire leur réconciliation politique en projets concrets, capables de produire des résultats visibles sur le terrain.
La densité des textes signés illustre l’ambition affichée par les deux gouvernements : élargir la coopération bilatérale, consolider les secteurs déjà fortement intégrés et ouvrir de nouveaux champs de partenariat.
La grande vitesse au cœur des priorités
Parmi les principaux accords figure un protocole d’entente confirmant la mise en œuvre du financement de la future ligne à grande vitesse reliant Kénitra à Marrakech. Le document a été signé par la ministre marocaine de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, et son homologue français chargé de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, Roland Lescure.
Ce projet constitue l’un des chantiers structurants du Royaume. Il doit prolonger le réseau à grande vitesse vers le centre et le sud du pays, améliorer la mobilité entre les grands pôles urbains et accompagner les besoins croissants en infrastructures, notamment à l’approche de la Coupe du monde 2030.
La confirmation du volet financier traduit également la volonté française de préserver une place importante dans les grands programmes d’équipement du Maroc, dans un contexte où la concurrence internationale se fait de plus en plus forte.
Un engagement renforcé autour de l’eau
La réunion a également permis de compléter le partenariat consacré à la politique nationale de l’eau. Une déclaration commune a été paraphée par Nadia Fettah, Jean-Noël Barrot et la directrice de l’Agence française de développement au Maroc, Catherine Bonnaud.
Cet accord précise les engagements contenus dans le protocole d’entente signé le 28 octobre 2024. Il intervient alors que la question hydrique s’impose comme l’un des principaux défis stratégiques du Royaume, confronté aux effets de la sécheresse, à la pression sur les ressources et à l’augmentation des besoins agricoles, industriels et domestiques.
Le partenariat avec la France devrait ainsi soutenir les efforts marocains en matière de gestion durable de l’eau, de modernisation des infrastructures et d’adaptation aux changements climatiques.
Éducation et bilinguisme
Dans le domaine éducatif, les deux pays ont signé une déclaration d’intention relative à l’enseignement de la langue arabe ainsi que de l’histoire-géographie dans les établissements français installés au Maroc.
L’accord, conclu par le ministre marocain de l’Éducation nationale, Mohamed Berrada, et la ministre française déléguée chargée de la Francophonie et des Partenariats internationaux, Éléonore Caroit, vise à favoriser une véritable compétence bilingue chez les élèves.
Cette initiative répond à une demande régulièrement exprimée par les familles marocaines, soucieuses de voir leurs enfants bénéficier d’un enseignement international tout en conservant une solide maîtrise de la langue, de l’histoire et de la culture nationales.
Aviation civile et formation maritime
Le transport a occupé une place importante dans les accords conclus à Rabat. Un plan d’action triennal couvrant la période 2026-2028 a été signé afin de renforcer la coopération technique dans le domaine de l’aviation civile.
Le ministre du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh, et son homologue français Philippe Tabarot ont ainsi fixé les grandes lignes de cette collaboration, qui devrait porter sur l’expertise, la formation et la modernisation du secteur aérien.
Une convention de partenariat a également été conclue entre l’Institut supérieur d’études maritimes du Maroc et l’École nationale supérieure maritime de France. Elle doit favoriser les échanges pédagogiques et scientifiques, ainsi que le partage d’expérience dans les métiers de la mer.
Industrie, poste et infrastructures
Le volet économique ne s’est pas limité aux grands transports. Un accord de coopération entre le ministère marocain de l’Industrie et du Commerce et le groupe français La Poste doit permettre d’adapter les services postaux aux nouveaux défis, notamment ceux liés à la transformation numérique, au commerce électronique et à l’évolution des usages.
Parallèlement, le Laboratoire public d’essais et d’études marocain et le Centre français d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement ont signé une convention-cadre consacrée notamment à l’ingénierie des sols et à l’expertise des infrastructures portuaires, hydrauliques et maritimes.
Cette coopération technique prend une importance particulière au moment où le Maroc accélère ses investissements dans les ports, les réseaux de transport et les grands équipements.
La culture et le cinéma africain comme nouveaux terrains de coopération
La culture figure également parmi les grands axes retenus. Deux déclarations d’intention portent respectivement sur les échanges artistiques et sur la coopération dans le cinéma et l’image animée sur le continent africain.
Elles ont été signées par le ministre marocain de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid, et son homologue française Catherine Pégard.
Une convention de partenariat stratégique a aussi été conclue avec l’Institut du monde arabe. Elle doit permettre de développer des actions culturelles, intellectuelles et citoyennes communes, renforçant ainsi la place du Maroc dans le dialogue culturel entre l’Europe, le monde arabe et l’Afrique.
Agriculture, recherche et sciences vétérinaires
L’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II et le Centre français de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement ont, de leur côté, conclu un accord-cadre couvrant l’agriculture, la médecine vétérinaire ainsi que les sciences halieutiques et aquacoles.
Cette coopération scientifique devrait encourager la recherche appliquée, la formation et l’innovation dans des secteurs essentiels pour la sécurité alimentaire, la modernisation agricole et la gestion durable des ressources marines.
Une dimension diplomatique et sociétale
La réunion a également donné lieu à la signature d’une lettre d’intention entre les chefs de la diplomatie marocaine et française, Nasser Bourita et Jean-Noël Barrot, portant sur la coopération en matière de politique étrangère féministe.
L’objectif annoncé est de renforcer la prise en compte de l’égalité et de la participation des femmes dans les politiques diplomatiques, aussi bien au sein des deux ministères que dans les enceintes internationales.
Un partenariat désormais tourné vers l’exécution
Cette 15e Réunion de haut niveau confirme que le Maroc et la France veulent dépasser le stade des déclarations politiques pour entrer dans celui de l’exécution. La variété des accords signés montre que la relation bilatérale ne repose plus uniquement sur les échanges commerciaux ou les liens historiques, mais qu’elle s’étend désormais aux infrastructures, à la formation, à la recherche, à la culture et aux défis environnementaux.
Pour Rabat, l’enjeu consiste à attirer des financements, des expertises et des partenariats utiles à ses grands projets de développement. Pour Paris, il s’agit de conforter sa présence auprès d’un partenaire devenu incontournable en Afrique, en Méditerranée et dans l’Atlantique.
La réussite de cette nouvelle séquence dépendra toutefois de la rapidité avec laquelle les engagements signés seront transformés en réalisations concrètes. Les textes sont nombreux et les ambitions élevées. Il appartient désormais aux deux gouvernements de veiller à ce que cette dynamique se traduise par des projets visibles, des investissements effectifs et des retombées tangibles pour les citoyens des deux pays.












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