Le souvenir est encore vif dans l’esprit de nombreux Marocains. Lors de son passage au Festival Gnaoua d’Essaouira en 2024, Saint Levant avait déclenché une vive polémique après avoir lancé au sol le drapeau marocain qui lui avait été remis par un spectateur à la fin de son concert. Un geste immédiatement interprété par une partie de l’opinion comme un manque de respect envers l’un des symboles de la nation. Face au tollé provoqué sur les réseaux sociaux, l’artiste avait rapidement présenté ses excuses publiques, affirmant qu’il ne s’agissait nullement d’un acte intentionnel mais d’une maladresse commise dans l’euphorie de la scène.
Deux ans plus tard, le chanteur d’origine palestinienne est de retour au Maroc pour un nouveau concert. Une annonce qui ravive immédiatement les débats autour de cet épisode, certains estimant que les excuses formulées à l’époque suffisent à tourner définitivement la page, tandis que d’autres considèrent qu’une telle erreur, touchant un symbole national, demeure difficile à oublier.
Cette controverse intervient alors même que Saint Levant bénéficie d’une popularité grandissante sur la scène musicale internationale. Mélangeant arabe, anglais et français, son univers artistique séduit une jeunesse cosmopolite et lui vaut une audience importante, notamment auprès des nouvelles générations. Son engagement en faveur de la cause palestinienne lui a également valu une forte sympathie dans plusieurs pays arabes, dont le Maroc.
Mais au Royaume, l’attachement au drapeau national dépasse largement le cadre protocolaire. Pour beaucoup de Marocains, il incarne l’histoire, les sacrifices et l’unité du pays. Toute atteinte, même involontaire, est perçue comme un geste particulièrement sensible. C’est précisément cette dimension symbolique qui explique l’ampleur de la réaction suscitée lors de l’incident d’Essaouira et la persistance du débat jusqu’à aujourd’hui.
Le retour de l’artiste constitue ainsi un véritable test de sa relation avec le public marocain. Au-delà de la qualité du spectacle, c’est sa capacité à renouer un lien de confiance avec des spectateurs qui s’étaient sentis blessés qui sera observée.
L’épisode rappelle également que les artistes internationaux évoluent désormais dans un environnement où le moindre geste est instantanément capté, partagé et commenté. Sur scène, le talent ne suffit plus toujours : les symboles nationaux, les sensibilités culturelles et le respect du public occupent désormais une place centrale dans l’appréciation d’une prestation.
Reste désormais une question à laquelle seul le public apportera une réponse. Les excuses présentées après la polémique auront-elles permis de refermer définitivement cette page, ou une partie des Marocains choisira-t-elle de bouder ce retour ? La réponse se lira moins dans les commentaires des réseaux sociaux que dans l’affluence devant la scène et l’accueil réservé à l’artiste lors de son concert.
Par Mounir Ghazali



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