Au Maroc, les cliniques privées poussent désormais comme des champignons. Derrière cette spectaculaire expansion, de grands groupes de santé ont engagé une véritable course à l’implantation, ouvrant établissement après établissement dans les principales villes du Royaume, parfois à un rythme impressionnant. Casablanca, Rabat, Salé, Tanger, Marrakech, Agadir et bien d’autres villes voient ainsi apparaître ces nouvelles structures aux façades modernes, aux équipements dernier cri et aux services d’urgence fonctionnant 24 heures sur 24.
Cette montée en puissance est souvent présentée comme l’un des visages de la modernisation de l’offre de soins au Maroc. Et elle peut incontestablement contribuer à renforcer les capacités sanitaires du pays. Mais grandir vite ne dispense ni de l’exigence médicale, ni de la transparence, ni du respect absolu du patient. Plus un réseau devient puissant et étend ses enseignes à travers le Royaume, plus sa responsabilité devrait être grande.
Car derrière les bâtiments flambant neufs, les investissements considérables et les ambitions nationales affichées, il reste une réalité beaucoup plus simple : un patient qui pousse la porte des urgences ne vient pas acheter un produit. Il vient chercher un diagnostic fiable et des soins adaptés à son état.
L’expérience que je viens de vivre à Salé mérite, à ce titre, d’être racontée.
Samedi soir, vers 22 heures, je tombe dans des escaliers avec un verre à la main. Celui-ci se brise et me coupe profondément un doigt. Le sang coule abondamment. Mon mari m’emmène immédiatement aux urgences d’une clinique privée située dans le quartier de Tabriquet, pensant naturellement que nous y trouverions une prise en charge rapide et efficace.
À première vue, rien à redire : urgences bien éclairées, locaux propres, accueil sympathique.
Un jeune infirmier effectue les premières constatations puis appelle un médecin, jeune lui aussi. Celui-ci examine ma blessure et en prend une photo avec son téléphone portable, qu’il transmet à un autre médecin pour avis.
Le verdict qui nous est alors annoncé est inquiétant : un ligament du doigt serait sectionné et une intervention chirurgicale serait nécessaire.
Ce qui nous surprend, c’est qu’à ce stade, aucun examen complémentaire ne nous est proposé pour confirmer ou préciser le diagnostic qui vient de nous être annoncé.
En revanche, la facturation, elle, est déjà prête.
13.100 DH avant l’intervention
Mon mari est invité à se rendre à la caisse avant toute intervention. Là, il découvre une addition totale annoncée de 13.100 DH.
Selon les explications qui lui sont données, elle comprend notamment 7.000 DH pour le bloc opératoire, 300 DH pour l’anesthésie, 5.000 DH pour le chirurgien et 800 DH correspondant à un autre poste dont je ne me souviens plus précisément.
Mais un détail nous interpelle particulièrement.
Selon ce qui nous a été indiqué sur place, les 5.000 DH destinés au chirurgien devaient impérativement être réglés en espèces et sans être intégrés à la facture. Mon mari était pourtant disposé à payer la totalité des 13.100 DH. Sa seule exigence était parfaitement normale : obtenir une facture correspondant à l’intégralité de la somme versée.
Cette possibilité lui aurait été refusée.
Nous avons alors décidé de ne pas poursuivre la prise en charge dans cet établissement. Nous avons réglé les 300 DH de consultation et sommes partis vers une autre clinique située à quelques centaines de mètres.
Et c’est là que l’histoire prend une tournure pour le moins troublante.
Quelques centaines de mètres et deux diagnostics radicalement différents
Dans le second établissement, nouvel accueil aux urgences et nouveau médecin.
Après examen, le diagnostic est tout autre : pas de ligament sectionné nécessitant l’intervention qui nous avait été annoncée, mais une plaie à nettoyer et à suturer.
La blessure est soigneusement nettoyée. Trois points de suture sont réalisés, puis le doigt est protégé par un bandage.
L’intervention dure environ quinze minutes.
Montant payé : 1.200 DH.
Et cette fois, les documents destinés à l’AMO sont remplis avec le montant effectivement acquitté.
La différence est vertigineuse : 13.100 DH annoncés d’un côté pour une intervention chirurgicale, 1.200 DH payés de l’autre pour trois points de suture, avec surtout deux appréciations médicales totalement différentes de la même blessure à quelques dizaines de minutes d’intervalle.
Bien entendu, seul un examen du dossier médical complet permettrait d’établir précisément les raisons de cette divergence. Il ne s’agit donc pas de prétendre, sur la seule base de cette expérience, qu’un acte chirurgical inutile aurait volontairement été proposé. Mais l’écart est suffisamment considérable pour soulever des interrogations légitimes.
La santé ne peut pas devenir un commerce comme un autre
Cette expérience dépasse finalement mon cas personnel.
Elle pose la question du fonctionnement d’un secteur privé de la santé qui connaît une expansion spectaculaire au Maroc. Les grands établissements se multiplient, les investissements se chiffrent en centaines de millions de dirhams et la médecine privée devient un véritable secteur économique.
Pourquoi pas, si cette évolution améliore l’accès aux soins et leur qualité.
Mais la rentabilité ne peut jamais prendre le pas sur la médecine.
Aux urgences plus qu’ailleurs, le patient arrive inquiet, parfois souffrant et rarement en position de discuter sereinement un diagnostic ou un devis. Lorsque le mot « opération » est prononcé, quelle famille prend le risque de répondre non ?
C’est précisément cette vulnérabilité qui impose une transparence absolue.
Chaque acte proposé doit être médicalement justifié. Chaque somme encaissée doit être clairement expliquée. Et surtout, chaque dirham payé doit pouvoir donner lieu aux documents comptables et médicaux prévus par la réglementation.
La question des paiements en espèces prétendument exigés hors facture, lorsqu’ils sont rapportés par des patients, mérite également toute l’attention des organismes compétents. Si de telles pratiques étaient établies, elles appelleraient naturellement des contrôles et les suites prévues par la loi.
Et si nous avions payé sans discuter ?
Une question continue depuis à me traverser l’esprit.
Que se serait-il passé si mon mari n’avait pas demandé de facture pour la totalité des 13.100 DH ?
Aurions-nous payé ? Très probablement.
L’intervention aurait-elle été pratiquée ? Nous ne pouvons évidemment pas l’affirmer.
Mais quelques centaines de mètres plus loin, cette même blessure a finalement nécessité trois points de suture et une facture de 1.200 DH.
C’est précisément pour cela que ce témoignage mérite d’être rendu public.
Il ne s’agit pas de condamner toutes les cliniques privées ni de jeter le soupçon sur l’ensemble des médecins qui y travaillent. La très grande majorité des professionnels de santé accomplissent leur métier avec sérieux et conscience.
Il s’agit simplement de rappeler une évidence : dans un hôpital ou une clinique, la première urgence doit toujours être médicale. Jamais comptable.
Et plus les groupes privés de santé étendent leur présence au Maroc, plus les pouvoirs publics doivent veiller à ce que leur développement s’accompagne de contrôles rigoureux sur les pratiques médicales, la tarification, la facturation et les droits des patients.
Parce qu’un malade qui franchit la porte des urgences ne devrait jamais avoir à se demander si l’on examine d’abord sa blessure… ou son portefeuille.
Par Salma A.



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Le plus troublant dans cette affaire reste cette somme de 5.000 DH réclamée en espèces, destinée à ne pas apparaître sur la facture. Si cette pratique est confirmée, elle pose une question essentielle : où est la transparence ? Comment un établissement de santé moderne peut-il demander à un patient de payer une partie importante de ses soins sans justificatif correspondant ? Dans un secteur aussi sensible que la santé, aucune zone grise ne devrait être tolérée. Le patient doit connaître précisément ce qu’il paie et obtenir une facture pour chaque dirham versé. La médecine privée a besoin de confiance, et la confiance commence par la transparence.
tout simplement parce étant européen il l’on pris pour un millionnaire c’est le sport nationale au Maroc dans les cite balnéaire c’est arnaquer le touriste le pire étant Marrakech et quant c’est comme diriger vous vers la police du tourisme qui va réagir rapidement
Il faut aussi avoir le courage de poser la question de la responsabilité de certains médecins, notamment de chirurgiens réputés dont la notoriété ne saurait justifier aucune exception aux règles de transparence. Lorsqu’un honoraire est réclamé en espèces sans facture, si une telle pratique est avérée, le problème dépasse largement le patient : il concerne l’équité fiscale et l’ensemble de la société. Pourquoi un salarié, un commerçant ou une entreprise devraient-ils supporter leurs obligations fiscales tandis que certains revenus médicaux pourraient échapper à toute traçabilité ? Chaque dirham encaissé doit être déclaré et justifié. La réputation d’un praticien ne doit jamais devenir un passeport pour l’opacité. Dans la santé comme ailleurs, la règle doit être simple : mêmes obligations, mêmes impôts et mêmes contrôles pour tous.
Journalisme amateur…., « bien entendu seul un examen du dossier médical complet permettrait d’établir précisément les raisons de cette divergence.… » aucun journaliste sérieux n’écrit ça, la base aurait été djnvestiguer et de faire faire l’examen , au lieu de le présenter comme si il était impossible de déterminer ce qu’il en était réellement. Bref, journalisme de Facebook, arrêtez de nous polluer nos boîtes mail, si c’est pour poster ce niveau d’articles (avec un ton stylistique NUL en plus), montez un groupe WhatsApp avec votre famille et vos amis et envoyez leur vos états d’âme et vos élucubrations, car ici l’audience cherche à s’informer réellement plutôt que d’avoir ces espèces de rédactions de lycée qui étayent des opinions plus qu’elles ne délivrent une information. C’est triste pour le journalisme de notre pays.
Merci pour votre commentaire, même si les attaques personnelles et les appréciations sur notre « niveau » n’étaient probablement pas indispensables pour exprimer votre désaccord.
Vous citez précisément la phrase qui démontre que nous avons choisi la prudence : « seul un examen du dossier médical complet permettrait d’établir précisément les raisons de cette divergence ». Nous aurions justement fait du mauvais journalisme en affirmant qu’un médecin avait proposé une opération inutile sans disposer des éléments permettant de l’établir.
Cet article relate avant tout une expérience vécue et documentée par les sommes réclamées et payées, et pose des questions parfaitement légitimes : comment expliquer deux diagnostics aussi différents à quelques dizaines de minutes d’intervalle ? Comment expliquer 13.100 DH annoncés dans un établissement contre 1.200 DH finalement payés dans un autre ? Et surtout, comment justifier, selon le témoignage rapporté, que 5.000 DH aient été demandés en espèces sans apparaître sur la facture ?
Ce sont ces questions qui constituent le cœur de l’article.
Une enquête complémentaire et contradictoire serait évidemment bienvenue, y compris avec les explications de l’établissement et des praticiens concernés. Mais l’absence de cette enquête ne rend pas illégitime le témoignage d’un patient, dès lors qu’il est présenté comme tel et que les précautions nécessaires sont prises.
Quant à qualifier un article de « journalisme de Facebook », de « rédaction de lycée », d’« élucubrations » ou nous inviter à créer un groupe WhatsApp, cela relève davantage de l’invective que de la critique journalistique.
Nous acceptons volontiers la seconde. Pour la première, chacun jugera.
Et puisque vous dites rechercher une information réelle, nous vous invitons justement à vous intéresser à la question essentielle soulevée par ce témoignage : la transparence des diagnostics, des honoraires et de la facturation dans les établissements privés de santé.
C’est une bande d’escrots.. pur et simple !