Une cérémonie culturelle organisée à Dakar autour d’un ouvrage consacré au Sahara marocain s’est transformée en un débat diplomatique inattendu, remettant sur le devant de la scène une question historique particulièrement sensible en Afrique de l’Ouest. Les propos de l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, évoquant les liens historiques entre le Maroc et la Mauritanie, ont provoqué une réaction immédiate de l’ambassadeur mauritanien au Sénégal, donnant lieu à un échange tendu devant les participants.
L’incident est survenu lors de la présentation, à Dakar, de l’ouvrage « Le Sahara marocain : les enjeux géopolitiques de la grande cause nationale du Maroc », rédigé par l’ambassadeur du Maroc au Sénégal, Hassan Naciri, à l’occasion de la célébration de la Fête du Trône. Au cours de son intervention, Cheikh Tidiane Gadio a développé une lecture historique selon laquelle les frontières du Royaume chérifien s’étendaient autrefois jusqu’au Sénégal et que l’actuelle Mauritanie avait entretenu, à différentes périodes, des liens avec le Royaume du Maroc.
Ces affirmations ont aussitôt suscité la réaction de l’ambassadeur de Mauritanie à Dakar, Mohamed Ould Abdallah Ould Othmane, qui a tenu à défendre la souveraineté et l’histoire de son pays. Le diplomate mauritanien a rappelé le rôle historique des populations mauritaniennes dans la résistance à la colonisation et a insisté sur la contribution actuelle de la Mauritanie à la stabilité du Sahel, tout en prenant ses distances avec les propos tenus lors de la conférence.
Face à la montée de la tension, l’ambassadeur du Maroc au Sénégal, Hassan Naciri, est intervenu pour apaiser les échanges, appelant au dialogue et rappelant l’importance de préserver les relations de coopération entre les pays africains face aux défis communs auxquels le continent est confronté.
L’épisode a rapidement trouvé un écho dans les médias mauritaniens, certains observateurs s’interrogeant sur la présence de leur ambassadeur à une manifestation consacrée à un ouvrage défendant la position marocaine sur le Sahara. Plusieurs commentaires y ont vu une situation délicate au regard de la neutralité que Nouakchott affirme maintenir dans ce dossier.
La question des relations historiques entre le Maroc et la Mauritanie demeure en effet particulièrement sensible. Si certains historiens évoquent des liens anciens entre les dynasties marocaines et les territoires de l’actuelle Mauritanie, les autorités mauritaniennes rappellent de manière constante leur attachement à leur souveraineté nationale et au respect de leurs frontières internationalement reconnues.
Cette controverse rappelle un précédent diplomatique survenu en 2016, lorsque des déclarations de l’ancien secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, Hamid Chabat, sur les frontières historiques du Maroc avaient provoqué des tensions avec Nouakchott. Rabat s’était alors officiellement démarqué de ces propos, réaffirmant son respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Mauritanie, contribuant ainsi à apaiser les relations bilatérales.
Malgré cet épisode, les relations entre Rabat, Dakar et Nouakchott demeurent marquées par une volonté de préserver le dialogue et la coopération régionale. L’incident de Dakar illustre toutefois combien les questions historiques liées au Sahara et aux équilibres géopolitiques du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest continuent de susciter des débats passionnés, où l’histoire, la diplomatie et les sensibilités nationales restent étroitement imbriquées.
Cette séquence diplomatique illustre, une fois de plus, que la question du Sahara continue de susciter des sensibilités et des lectures historiques différentes. Mais au-delà des controverses ponctuelles, le dossier poursuit son évolution sur le terrain diplomatique, marqué par un soutien international de plus en plus affirmé au plan d’autonomie proposé par le Maroc. Les débats peuvent alimenter l’actualité, sans pour autant infléchir une dynamique que Rabat considère désormais comme irréversible. Dans cette perspective, le Royaume poursuit sa démarche avec sérénité, convaincu que le Sahara restera, aujourd’hui comme demain, une composante indissociable de son intégrité territoriale.












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