Maintenant que les choses semblent rentrer progressivement dans l’ordre et que la situation retrouve un cours presque normal, plusieurs zones d’ombre subsistent autour des bilans de l’assaut massif et meurtrier contre Ceuta, l’enclave espagnole située au nord du Maroc, théâtre de scènes particulièrement douloureuses.
Après cinq jours de silence, le gouvernement marocain, par la voix du ministère de l’Intérieur et de son porte-parole, a présenté son propre bilan, qui ne concorde pas sur plusieurs points avec celui communiqué par les autorités espagnoles dans leur première évaluation.
Concernant le nombre de victimes, l’écart est considérable : les autorités de Ceuta évoquent près de 70 morts, tandis que la partie marocaine fait état de seulement 11 décès, précisant que les victimes ont péri au cours de l’assaut, dont une seule par noyade. Pourtant, plusieurs témoignages font état de dizaines de personnes qui auraient été emportées par les courants marins particulièrement dangereux dans cette zone frontalière.
Le nombre de personnes ayant réussi à franchir illégalement la frontière fait également l’objet de divergences. Les autorités espagnoles affirment avoir recensé près de 70 000 candidats à l’immigration irrégulière le jour même de la ruée, dont plus de 48 000 seraient déjà retournés volontairement au Maroc après avoir constaté l’hostilité d’une partie de la population locale. Selon plusieurs témoignages, certains auraient été pris à partie par des habitants avant qu’une importante opération des forces de sécurité ne soit déployée pour reprendre le contrôle de la situation.
La question qui demeure est celle du sort réservé aux quelque 22 000 migrants qui auraient réussi à pénétrer dans l’enclave et qui ne figurent pas, à ce stade, dans les chiffres communiqués par les autorités espagnoles. Au Maroc, de nombreuses familles restent sans nouvelles de leurs proches, alimentant les inquiétudes autour de ce nombre particulièrement élevé de personnes toujours portées disparues. Plusieurs hypothèses circulent, mais aucune confirmation officielle n’a encore été apportée quant à leur situation.
Cette incertitude nourrit les interrogations sur la gestion de cette crise et sur la communication des autorités concernées, jugée par certains observateurs insuffisamment claire ou incomplète.
De son côté, Rabat, qui continue d’aborder ce dossier avec une extrême prudence en raison de sa sensibilité, a tenu à préciser que les enquêtes destinées à établir les responsabilités et les recherches des personnes portées disparues se poursuivent.
Par Jalil Nouri



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