Les images de jeunes Marocains, parfois très jeunes, tentant collectivement de rejoindre Ceuta ne devraient pas seulement provoquer une réaction sécuritaire ou alimenter pendant quelques jours les commentaires sur les réseaux sociaux. Elles devraient surtout susciter une question autrement plus dérangeante : pourquoi une partie de la jeunesse marocaine en arrive-t-elle à considérer que son avenir se trouve nécessairement de l’autre côté de la frontière ?
Avant de condamner ceux qui partent, il faut donc avoir le courage de regarder ceux qui gouvernent.
Car lorsqu’un jeune accepte de tout abandonner pour tenter de rejoindre clandestinement un territoire situé à quelques kilomètres de son pays, le problème dépasse largement celui de l’immigration irrégulière. Il devient économique, social, politique et même psychologique. Il révèle une rupture de confiance entre une partie de la jeunesse et son propre avenir au Maroc.
Et c’est probablement là que se trouve la responsabilité première du gouvernement.
Que propose-t-on réellement à cette jeunesse ?
Depuis des années, les discours officiels promettent emplois, investissements, formation, égalité des chances, accompagnement de l’entrepreneuriat et amélioration des conditions de vie. Des programmes se succèdent, des milliards de dirhams sont mobilisés et les stratégies changent de nom. Pourtant, une partie des jeunes continue de regarder vers l’Europe comme si elle constituait l’unique porte de sortie.
Le problème n’est d’ailleurs pas uniquement le chômage.
On peut avoir un travail et vouloir partir. On peut avoir fait des études et vouloir partir. On peut même appartenir à une famille relativement stable et ne plus croire suffisamment aux perspectives offertes par son pays.
C’est là que la situation devient beaucoup plus préoccupante.
Ces départs traduisent aussi une recherche de qualité de vie : un emploi correctement rémunéré, un logement accessible, des transports efficaces, une administration respectueuse, une école performante, des soins de qualité, des espaces publics agréables, des loisirs et, surtout, la conviction que l’effort personnel permettra de progresser.
Autrement dit, les jeunes ne réclament pas seulement un salaire. Ils réclament une perspective.
Le véritable échec commence lorsqu’on ne croit plus à demain
La responsabilité d’un gouvernement ne consiste pas simplement à administrer le présent. Elle consiste à donner envie à une génération de construire son avenir dans son propre pays.
Lorsque des jeunes pensent que la seule manière d’améliorer leur existence consiste à partir, il existe nécessairement quelque part un échec collectif.
Il faut alors parler de gouvernance, de répartition des richesses, de disparités territoriales, de qualité de l’enseignement, d’accès à l’emploi, de méritocratie, de pouvoir d’achat, de logement, mais également de confiance dans les institutions.
Le Maroc réalise incontestablement de grands projets, modernise ses infrastructures, attire les investissements étrangers et prépare des événements internationaux majeurs. C’est une réalité.
Mais une autre réalité existe parallèlement : celle d’une jeunesse qui ne mesure pas le développement uniquement au nombre d’autoroutes, de stades, de lignes ferroviaires ou de grands investissements annoncés.
Elle le mesure à une question beaucoup plus simple : « Quelle place ai-je, moi, dans ce Maroc qui avance ? »
Et si la réponse qu’elle se donne est « aucune », tous les discours sur le développement deviennent soudain beaucoup moins audibles.
Un jeune Européen rêve-t-il de traverser une frontière clandestinement ?
La comparaison avec certains pays européens mérite justement d’être posée.
Bien entendu, l’Europe connaît elle aussi le chômage, la pauvreté, les difficultés de logement, les inégalités et le mécontentement des jeunes. Aucun pays n’est un paradis et présenter l’autre rive comme un Eldorado serait une grave erreur.
Mais combien de jeunes Espagnols, Français, Allemands ou Néerlandais envisagent de franchir clandestinement une frontière, au péril de leur sécurité, simplement pour avoir l’espoir d’une existence normale ?
Certains émigrent. Ils vont travailler à Londres, Berlin, Madrid, Montréal ou ailleurs. Mais ils le font généralement avec un passeport, un billet d’avion, un contrat, un projet universitaire ou professionnel.
C’est toute la différence entre choisir de partir et se sentir obligé de fuir son absence de perspectives.
La question que devrait donc se poser le gouvernement marocain n’est pas seulement : « Comment empêcher les jeunes d’atteindre Ceuta ? »
Elle devrait être : « Comment faire pour qu’ils n’aient plus envie de tenter l’Europe ? »
Car on peut renforcer les frontières, multiplier les patrouilles et mobiliser les forces de sécurité. Cela répond à l’urgence. Mais aucune barrière ne réglera durablement le problème si, derrière elle, demeure intacte la conviction qu’ailleurs sera forcément meilleur.
Et lorsque des mineurs veulent partir, l’alarme devient assourdissante
La présence de mineurs dans ces mouvements migratoires devrait provoquer un électrochoc national.
Un enfant ou un adolescent devrait normalement rêver d’école, de sport, d’amitié, d’université, d’un métier ou d’une passion. Lorsqu’il commence à rêver d’une frontière à franchir, quelque chose ne fonctionne plus.
Il faut évidemment rappeler les dangers considérables de l’immigration clandestine et la responsabilité des réseaux sociaux, des passeurs ou de tous ceux qui peuvent présenter ces traversées comme faciles ou héroïques.
Mais s’arrêter à cette explication serait trop confortable.
Un appel diffusé sur un réseau social ne peut mobiliser massivement des jeunes que s’il rencontre un terrain déjà préparé par la frustration, le sentiment d’abandon et l’absence d’horizon.
Ceuta devient alors un miroir
C’est précisément ce qui rend les événements de Ceuta politiquement embarrassants.
Cette frontière ne constitue plus seulement une séparation géographique entre le Maroc et un territoire sous administration espagnole. Elle devient, dans l’imaginaire de certains jeunes, la frontière entre deux vies possibles.
Et cette perception devrait inquiéter davantage que les images elles-mêmes.
Car un pays qui ambitionne de devenir une puissance régionale, qui revendique légitimement ses réussites économiques, diplomatiques, industrielles, sportives et infrastructurelles, ne peut rester indifférent lorsque sa propre jeunesse donne au monde l’impression de vouloir partir massivement.
Une catastrophe pour l’image du Maroc
C’est enfin un aspect insuffisamment évoqué : le préjudice considérable que ces scènes causent à l’image internationale du Royaume.
Le Maroc consacre depuis des années des efforts importants à son rayonnement. Diplomatie, investissements, tourisme, football, culture, infrastructures, Coupe du monde 2030, attractivité économique, jusqu’aux métros de grandes villes américaines qui se parent des couleurs du drapeau marocain lors de campagnes de promotion du Royaume : tout concourt à présenter le visage d’un pays moderne, stable, ambitieux et tourné vers l’avenir.
Puis arrivent les images de Ceuta.
Des jeunes massés aux abords de la frontière, des mineurs rêvant d’Europe, des tentatives collectives d’immigration irrégulière : ces scènes peuvent faire en quelques heures le tour des médias et des réseaux sociaux internationaux.
Et elles installent une contradiction terrible.
Comment expliquer au monde que le Maroc est une puissance émergente et une terre d’opportunités si une partie de sa jeunesse semble prête à tout pour la quitter ?
C’est cette contradiction que le gouvernement ne peut plus simplement traiter comme un problème sécuritaire.
L’image d’un pays ne se construit pas uniquement à travers ses campagnes de communication, ses grands événements ou ses succès diplomatiques. Elle se construit aussi à travers le regard que ses propres citoyens portent sur lui.
La meilleure politique contre l’immigration clandestine ne commence donc peut-être pas à la frontière de Ceuta. Elle commence dans les écoles, les universités, les entreprises, les quartiers populaires, les administrations et partout où un jeune Marocain doit pouvoir se convaincre qu’il existe encore, chez lui, une place pour ses rêves.
Car le véritable succès ne sera pas le jour où aucun jeune ne pourra franchir la frontière.
Ce sera le jour où beaucoup moins de jeunes voudront la franchir.
Par Mounir Ghazali












Contactez Nous
Fut un temps, nous organisions la vie des quartiers, des villages, etc, autour des mosquées. J’ai toujours était admiratif de la capacité à trouver des mosquées dans les coins les plus reculés.
Notre prophète sws nous a averti. Les mosquées deviendront vides de science, et les pires, ceux qui perdront les gens, seront des savants. Pour moi, ce sont les savants religieux ET également les universitaires. Parce que nous avons séparé l’inséparable. C’est Allah swt qui a donné la science à l’humanité par miséricorde. Et en retour, on délaisse Son Livre, et on essaye de profiter des sciences sans prendre leur mesure auprès de L’Unique Source des sciences. Ainsi, on se retrouve avec des religieux ignorants en sciences universitaires, et des universitaires ignorants en sciences religieuses. Nous perdons donc la direction donnée par Notre Unique Guide.
De nos jours, les gouvernants surveillent ces lieux de peur qu’une organisation sociale y naisse en leur défaveur. Mais ils ne sont plus capables de voir l’énorme atout qu’ils peuvent procurer à la nation et à la gouvernance par l’éducation.
Il faut redéfinir ce qu’est une mosquée. Il faut instruire les imams dans plusieurs sciences. Il faut redonner toute la valeur sociale de nos mosquées qui doivent redevenir également des écoles, des lieux de formation, des lieux de compétences, des lieux d’actions civiques reconnues par la société et des universités. Par exemple, on peut imaginer nos jeunes apprendre à améliorer physiquement leur quartier. Ils y gagneraient en compétences, l’État pourra subventionner le matériel, les repas, et leur salaire sera surtout un certificat de compétences et d’action civique afin de les aider à obtenir un emploi. Et j’en passe des exemples dans bien d’autres domaines. L’État fournit les outils, les jeunes et moins jeunes apprennent à les utiliser. Et tout ça est organisé par des imams compétents appuyés par l’État, avec un budget transparent et une comptabilité connus par tous pour éviter toute mauvaise tentative d’accaparer quoique ce soit.
Ce serait également un moyen de donner des bourses, pour ceux qui démontreront de fortes capacités.
C’est à travers ce recensement et amélioration, que cette organisation sociale intelligente et performante est tout à fait possible parce que c’est à la hauteur du budget marocain, que nous disposons déjà d’une bonne base de mosquées dans les coins les plus reculés et que le capital humain est largement disponible. En donnant à la mosquée, on donnera ainsi à la nation les moyens de se construire intellectuellement, socialement au plus près du citoyen et des problématiques de son environnement direct.
Donnez aux jeunes des compétences diverses et variées, une autonomie, un métier, une culture de l’effort pour le bien de la société et pas uniquement pour de l’argent. En somme, leur apprendre à remplir des missions civiques afin qu’ils comprennent que c’est également dans leur intérêt.