Le phénomène des cafés à chicha, devenu une mode importée du Moyen-Orient et qui ne connaît plus de limites dans sa progression au Maroc, pourrait finir par devenir victime de son propre succès.
Car ces établissements, aujourd’hui en vogue dans toutes les villes marocaines, se multiplient au point de dénaturer la tradition du narguilé telle qu’elle existe ailleurs. Faute d’être sérieusement encadrée, cette activité lucrative a encouragé bon nombre de commerçants à transformer leurs boutiques en cafés à chicha ouverts parfois 24h/24, diffusant matchs de football et clips pour des consommateurs fidélisés notamment par la présence d’une clientèle féminine, parfois composée de mineures déscolarisées. Tout ce beau monde prend ses aises dans des fauteuils confortables, devant des verres qui ne contiennent pas toujours que de l’eau. Les places y sont chères et l’accès, souvent filtré, fonctionne comme un véritable scanner.
Toutes sortes de trafics peuvent s’y dérouler au vu et au su de tous, dans une atmosphère glauque et enfumée, au fil de journées supposées être consacrées au travail et de longues nuits d’abrutissement. Il n’est pas rare d’y distinguer la silhouette de jeunes filles, parfois mineures et déscolarisées, habituées à fréquenter ces lieux où peuvent se côtoyer addictions, délinquance, prostitution et autres dérives susceptibles de briser des destins. Certains de ces établissements donnent ainsi l’impression de s’être transformés en véritables zones de non-droit qui ne se fixent plus aucune limite.
Un temps suspendue avant de reprendre de plus belle, notamment sous le prétexte, dit-on, d’encourager le tourisme, cette activité prospère et s’incruste désormais dans le paysage urbain comme si elle avait toujours existé. Car le nombre de cafés à chicha a véritablement explosé ces dernières années.
Le législateur continuera-t-il à se cacher derrière ce faux prétexte pour justifier un laisser-aller et un laisser-faire qui exposent jeunes et moins jeunes à toutes sortes de dangers, d’abord pour leur santé, mais également sur le plan social ?
La situation est d’autant plus préoccupante que nombre de jeunes fréquentent ces établissements à l’insu de leurs familles. Des familles qui, parfois, semblent elles aussi avoir baissé les bras devant la progression de ce poison sociétal venu d’ailleurs, y compris de pays où, paradoxalement, la réglementation entourant ce type d’établissements peut être beaucoup plus ferme.
La question mérite désormais d’être posée clairement : faut-il continuer à fermer les yeux sur la prolifération anarchique des cafés à chicha ou instaurer enfin un cadre strict définissant leurs horaires, leurs conditions d’exploitation, l’accès des mineurs et les contrôles auxquels ils doivent être soumis ?
Par Mounir Ghazali











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