Le verdict est lourd. Et, pour Soukaina Glamour, la sanction ne s’arrêtera pas aux portes de la prison. Le tribunal de première instance de Marrakech a condamné, ce lundi, la célèbre influenceuse marocaine à dix mois de prison ferme et 500 dirhams d’amende, après l’avoir reconnue coupable notamment d’atteinte à la moralité publique et d’outrage aux bonnes mœurs à travers des contenus diffusés sur les réseaux sociaux.
Mais c’est surtout la peine complémentaire prononcée par le tribunal qui retient l’attention : Soukaina Glamour se voit interdire l’accès et la publication sur les réseaux sociaux pendant trois ans.
Pour une influenceuse qui a construit sa notoriété, son activité et une grande partie de ses revenus sur ces plateformes, la sanction est considérable. Elle revient à lui retirer pendant trois longues années l’outil qui a fait d’elle un personnage public.
Et c’est précisément cette partie du verdict qui divise autant qu’elle interpelle.
Sur les réseaux sociaux, certains Marocains ont applaudi la décision, considérant que les influenceurs disposant de centaines de milliers, voire de millions d’abonnés, ne peuvent pas tout publier au nom de l’audience, du buzz ou de la liberté d’expression. Pour eux, l’interdiction de trois ans constitue même la sanction la plus appropriée : lorsqu’une infraction est commise à travers les réseaux sociaux, empêcher temporairement leur utilisation revient à agir directement sur l’instrument ayant servi aux faits reprochés.
D’autres, en revanche, peuvent légitimement s’interroger sur la lourdeur d’une peine cumulant prison ferme et bannissement numérique pendant trois ans. La question dépasse alors le seul cas Soukaina Glamour : jusqu’où la justice doit-elle aller pour sanctionner les dérives des créateurs de contenu sans transformer chaque affaire en exemple destiné à l’ensemble de la Toile marocaine ?
Une arrestation spectaculaire à Mohammed V
L’affaire avait déjà pris une dimension particulière avec l’interpellation de l’influenceuse à l’aéroport Mohammed V de Casablanca alors qu’elle s’apprêtait à quitter le Maroc.
Transférée à Marrakech, elle avait été placée en détention provisoire à la prison de Loudaya dans l’attente de son procès. Plusieurs contenus diffusés en ligne se trouvaient au cœur des poursuites, la justice estimant qu’ils dépassaient les limites fixées par la législation en matière de moralité publique.
Le verdict vient désormais refermer, sous réserve des voies de recours, un premier chapitre judiciaire particulièrement suivi.
Mais il ouvre surtout un débat beaucoup plus large.
Car les réseaux sociaux marocains sont devenus en quelques années un gigantesque espace public où la course à l’audience pousse parfois certains créateurs à aller toujours plus loin dans la provocation, l’exposition de la vie privée et la transgression.
La condamnation de Soukaina Glamour envoie donc un avertissement particulièrement sévère : avoir des millions de vues ne place personne au-dessus de la loi.
Reste une autre exigence, tout aussi fondamentale : que cette fermeté s’applique avec la même constance à tous, quelle que soit la notoriété de la personne poursuivie. C’est à cette condition que la sanction sera perçue non comme celle d’une influenceuse que l’on veut faire taire, mais comme l’application égale d’une règle commune à tous les utilisateurs des réseaux sociaux.



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