Difficile de comprendre les motivations réelles du ministre de la Justice et membre du PAM, Abdellatif Ouahbi, à insister autant sur les revendications marocaines concernant Sebta et Melilia.
Après une première sortie qui avait déjà fait réagir les partis politiques espagnols, le voilà qui en rajoute une couche ce vendredi sur 2M, sans que l’on sache véritablement à quel titre il porte avec autant d’insistance ce dossier. À moins que son parti n’entende en faire l’une de ses priorités s’il était appelé à diriger le prochain gouvernement, ambition que le PAM ne dissimule plus. Mais là, c’est un autre sujet, déjà largement commenté.
Reprenant pratiquement le même argumentaire que lors de sa précédente intervention, Ouahbi invite, sans détour, l’Espagne à venir s’asseoir à la table des négociations avec le Maroc pour discuter de l’avenir de Sebta et Melilia. Selon lui, ces deux villes sont marocaines et leur statut devrait, tôt ou tard, faire l’objet de discussions entre Rabat et Madrid.
Cette nouvelle sortie n’est évidemment pas passée inaperçue de l’autre côté du détroit. La position espagnole demeure diamétralement opposée : pour Madrid, Ceuta et Melilla sont des villes espagnoles et européennes, et leur souveraineté n’est ni à discuter ni à négocier.
Autrement dit, les positions restent totalement inconciliables.
Dès lors, une question se pose : quel intérêt diplomatique le Maroc peut-il tirer aujourd’hui de la réouverture publique de ce dossier ?
Car à force de remettre sur le devant de la scène un contentieux historique aussi sensible, le risque existe de compliquer une relation maroco-espagnole qui s’est considérablement améliorée ces dernières années. Plus encore, cette insistance intervient alors que Rabat concentre une grande partie de son action diplomatique sur un dossier autrement stratégique : le Sahara.
L’Espagne, ancienne puissance administrante du Sahara occidental, a pris en 2022 une position favorable au plan marocain d’autonomie, considéré par Madrid comme la base « la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour résoudre le différend. Préserver cet acquis diplomatique demeure donc important pour Rabat.
Il faut également regarder plus loin que le gouvernement espagnol actuel. Les rapports entre Rabat et l’opposition espagnole sont régulièrement tendus sur plusieurs dossiers, et les déclarations répétées sur Sebta et Melilia ne peuvent qu’alimenter les critiques des formations qui pourraient, demain, revenir au pouvoir.
En diplomatie, il faut aussi savoir penser à l’après.
Faire de Sebta et Melilia un sujet de confrontation publique au moment où d’autres intérêts stratégiques rapprochent Rabat et Madrid peut donc apparaître contre-productif. Revendiquer est une chose ; choisir le moment, la méthode et l’interlocuteur pour le faire en est une autre.
Reste alors la question essentielle : Abdellatif Ouahbi s’exprime-t-il simplement en responsable politique, en dirigeant du PAM ou traduit-il une orientation diplomatique plus large ?
La réponse change évidemment toute la lecture de ses déclarations.
Par Jalil Nouri












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C’est de bonne guerre. Un jeu de pression plus ou moins subtil de part et d’autre.
Rappeler les contentieux territoriaux entre Rabat et Madrid peut être bénéfique pendant cette période pour discréditer sa parole car elle devient ainsi partie prenante. Le parti de gauche actuellement au pouvoir a tenu des propos très limites par ailleurs (certainement pour ne pas laisser trop de place à la droite). Cela prépare également à léventuelle arrivée de l’extrême droite ou de la droite au pouvoir.
Les déboires du Sahara occidental sont également dus à l’ancienne présence espagnole. Cela permet de contre carrer la mauvaise image que le Maroc a subie en impliquant la responsabilité évidente de l’Espagne. Donc, la rendre partie prenante discrédite non seulement sa parole, mais également celle des européens qui iraient la soutenir.
À ce titre, l’Espagne fait une erreur en disant que ce territoire lui appartient à elle et à l’Europe. Ce qui est faux, ils ne font pas partie de l’Europe. L’Espagne montre une faiblesse évidente sur sa capacité à garder ces territoires sur le long terme sans l’intervention de l’Europe.
La solution aux coûts exhorbitants supportés par Rabat et l’Europe, ne serait-elle pas de rendre ces territoires malgré le caprice de l’Espagne. Caprice qui est très coûteux et dont les avantages sont négatifs.
Rappelons également que le débat a une portée plus large. Quel pays africain, de nos jours, voit d’un bon oeil la tentative de Madrid d’européaniser la question et d’intégrer à l’Europe un territoire africain entouré de barbelés et armés contre les populations locales ? Les images de policiers européens frappant des africains seraient vues de manière très négatives en Afrique voire au-delà.
L’image même de l’Europe se verrait ternie.
Le Maroc a intérêt à faire profil bas. On ne joue pas dans la même cour. Même si le Maroc devient un territoire inféodé par israël autrement plus dangereux
Il nous a habitués à ses sorties incontrôlables. Vivement un gouvernement sans Ouahbi