Ils sont de plus en plus nombreux à regarder de l’autre côté du détroit au moment de choisir leurs vacances d’été. Malaga, Torremolinos, Benalmádena, Fuengirola, Estepona ou Marbella attirent les Marocains qui, autrefois, auraient peut-être privilégié Tanger, Agadir ou une autre destination nationale. Et derrière cet engouement pour le sud de l’Espagne se cache une réalité embarrassante pour le tourisme marocain : à prestations comparables, passer ses vacances au Maroc peut parfois coûter beaucoup plus cher.
Un exemple récent est particulièrement parlant. Pour une famille composée de deux parents et deux enfants, une nuit dans un établissement cinq étoiles « All Inclusive » à Agadir peut être proposée autour de 11.500 dirhams, contre environ 7.700 dirhams pour un hôtel de catégorie comparable sur la Costa del Sol.
La différence atteint ainsi 3.800 DH par nuit, soit près de 50 % de plus au Maroc. Sur une semaine, l’écart théorique dépasserait 26.000 DH pour le seul hébergement.
À ce niveau, le problème ne relève plus seulement d’une perception de « cherté ». Il pose directement la question de la compétitivité de la destination Maroc, particulièrement auprès de sa propre clientèle nationale.
L’Espagne à quelques kilomètres
Pour les habitants du nord du Royaume, la comparaison est encore plus brutale. À quelques kilomètres seulement de Tanger se trouve l’une des régions touristiques les plus développées d’Europe.
La Costa del Sol dispose d’une offre extrêmement large, allant des établissements accessibles aux familles jusqu’aux palaces et résidences de luxe de Marbella. Restaurants, plages aménagées, commerces, parcs de loisirs, transports, vie nocturne et infrastructures permettent à plusieurs catégories de touristes de cohabiter.
C’est précisément l’un des atouts du modèle espagnol : le luxe existe sans condamner le tourisme familial ou celui des classes moyennes.
Au Maroc, la haute saison donne parfois l’impression inverse. Dès que la demande explose, les tarifs s’envolent. Hébergement, restauration, location saisonnière, transats, loisirs et certains services deviennent rapidement beaucoup plus chers.
Tanger en fournit chaque été une illustration particulièrement visible.
Tanger victime de son succès
La capitale du Nord possède pourtant des atouts exceptionnels : situation géographique, patrimoine, plages, climat, infrastructures et proximité de l’Europe. Mais pendant les semaines de très forte affluence, la ville donne aussi à voir les limites de son modèle touristique.
Circulation saturée, stationnement difficile, plages surchargées, hausse des prix, qualité de service parfois inégale et rapport qualité-prix contesté finissent par éroder l’expérience du visiteur.
Et le touriste d’aujourd’hui compare tout, immédiatement.
Lorsqu’une famille constate qu’elle peut traverser le détroit et bénéficier, pour un budget équivalent ou inférieur, d’une offre plus diversifiée et parfois mieux organisée, le patriotisme touristique atteint rapidement ses limites.
On ne peut pas demander indéfiniment aux Marocains de passer leurs vacances au Maroc si le marché leur facture davantage pour un service qu’ils jugent inférieur.
Une fuite de clientèle… et de devises
Le phénomène dépasse donc la simple anecdote estivale.
Chaque famille marocaine qui choisit Malaga plutôt que Tanger ou la Costa del Sol plutôt qu’Agadir transfère une partie de son budget vacances vers l’économie espagnole : hôtels, restaurants, commerces, loisirs, transports et shopping.
Autrement dit, l’Espagne récupère une clientèle que le Maroc aurait parfaitement pu conserver.
La question mérite d’autant plus d’être posée que le Royaume investit massivement dans son industrie touristique et ambitionne de renforcer considérablement son attractivité internationale.
Attirer davantage de visiteurs étrangers est indispensable. Mais encore faudrait-il ne pas pousser les touristes nationaux vers la sortie.
Le prix doit correspondre au service
Il ne s’agit évidemment pas de demander aux professionnels marocains de casser leurs prix. Les hôtels supportent eux aussi la hausse des salaires, de l’énergie, des matières premières, des investissements et des charges d’exploitation.
Mais un prix élevé devient difficilement défendable lorsque la qualité du service, des infrastructures ou de l’environnement touristique ne suit pas.
Le problème du tourisme marocain n’est donc pas le luxe. Le Maroc a besoin d’établissements haut de gamme et d’une clientèle à fort pouvoir d’achat. Le danger serait plutôt de laisser s’installer un tourisme cher partout, y compris là où les prestations ne le justifient pas.
Face à l’Espagne, le Maroc ne joue pas contre un concurrent improvisé, mais contre l’une des plus grandes puissances touristiques mondiales.
Le constat devrait servir d’avertissement : le touriste marocain est un client, pas une clientèle captive.
Et lorsqu’il découvre qu’à quelques kilomètres de chez lui, il peut parfois obtenir davantage en payant moins cher, il ne faut pas s’étonner qu’il traverse le détroit.
À force de vouloir faire payer le prix fort à ceux qui choisissent leur propre pays, le tourisme marocain risque tout simplement de financer les vacances espagnoles des Marocains.












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Le tourisme n’est, à mon humble avis, pas une question de patriotisme.
Quand on veut se changer les idées, je préfère changer de pays, une fois par an quand c’est possible. C’est mon avis, c’est mon choix. Cela n’a rien à voir avec la qualité du produit.
C’est comme aller au restaurant et commander le même plat que celui que l’on mange à la maison.
Cela n’enlève en rien que le produit proposé est plus cher, mais quand les touristes sont étrangers il devient plus abordable. Allez chercher pourquoi. Un professionnel du secteur m’a confié un jour qu’il préfère filtrer par le prix parce que le touriste local est moins respectueux des règles, du mobilier, etc.