La rentrée scolaire 2026-2027 est là, mais les inquiétudes, elles, n’ont pas totalement quitté les familles dont les enfants sont inscrits dans les établissements relevant du réseau de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE).
Après une année particulièrement agitée, marquée par la fronde des parents, les augmentations des frais de scolarité, les interrogations sur les moyens humains et la remise en question du modèle économique de l’Agence, une question domine cette rentrée : la situation est-elle enfin en train de s’arranger ?
Au Maroc, où l’enseignement français occupe une place historique et où le réseau est particulièrement développé, le malaise s’était transformé ces derniers mois en véritable bras de fer.
À Rabat et Kénitra notamment, plusieurs associations de parents avaient décidé en mars dernier de contester par des recours administratifs la hausse de 7 % des frais de scolarité annoncée pour cette rentrée. La colère ne portait d’ailleurs plus uniquement sur les tarifs, mais également sur la gouvernance du réseau, la transparence des décisions et, plus largement, sur la direction prise par l’enseignement français à l’étranger.
Depuis, l’AEFE a fait un geste en revoyant à la baisse l’augmentation annoncée. La reprise du dialogue a été saluée par les représentants des parents, sans toutefois faire disparaître leurs interrogations.
Car le problème est désormais beaucoup plus profond que celui d’une augmentation ponctuelle des frais de scolarité.
La France veut rayonner, mais qui doit payer ?
C’est toute la contradiction du modèle qui apparaît aujourd’hui au grand jour.
La France ne cache pas son ambition de conserver l’un des plus importants réseaux scolaires internationaux au monde et de faire de l’enseignement français un instrument privilégié de son rayonnement culturel et linguistique.
L’AEFE représente aujourd’hui plus de 600 établissements et quelque 400.000 élèves sur les cinq continents.
Mais derrière cette vitrine exceptionnelle se pose une question beaucoup moins confortable : qui doit payer pour maintenir cette ambition ?
Depuis plusieurs années, une partie croissante de l’effort financier repose sur les établissements et, par ricochet, sur les familles.
Le constat est suffisamment préoccupant pour avoir traversé les murs du Sénat français. Les travaux parlementaires ont notamment mis en cause l’affaiblissement progressif de l’engagement financier de l’État et le transfert de charges vers les établissements et les parents.
Les chiffres illustrent le malaise : un rapport sénatorial consacré au budget 2026 relevait qu’environ 40 % des établissements interrogés signalaient que des parents français envisageaient de retirer leurs enfants du réseau pour des raisons financières.
Difficile, dans ces conditions, de considérer le problème comme marginal.
Les parents ne veulent plus être la variable d’ajustement
Pour les familles, particulièrement celles qui scolarisent plusieurs enfants, les augmentations successives finissent par représenter des sommes considérables.
Elles acceptent d’autant plus difficilement ces efforts qu’elles s’interrogent parallèlement sur l’évolution de la qualité de l’enseignement, les effectifs, les conditions de recrutement et le nombre d’enseignants titulaires détachés de l’Éducation nationale.
Le Sénat lui-même s’est penché sur cette équation devenue difficilement soutenable. Parmi les pistes avancées figure notamment la création d’un « bouclier tarifaire » destiné à protéger les familles françaises contre des augmentations imprévues des frais de scolarité au cours d’un même cycle.
Le débat dépasse donc désormais largement les associations de parents.
Il est devenu politique.
Une nouvelle direction attendue au tournant
C’est dans ce contexte qu’un nouveau patron est arrivé à la tête de l’AEFE.
Alexandre Morois a été nommé directeur général de l’Agence par décret du 15 juin dernier. Ancien directeur des affaires financières du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, il connaît particulièrement bien les rouages budgétaires de l’État et siégeait déjà au conseil d’administration de l’AEFE.
Son profil n’est certainement pas anodin au moment où la principale équation à résoudre est précisément financière.
À son arrivée, le nouveau directeur général a lui-même reconnu que l’Agence était confrontée à plusieurs défis touchant à son modèle économique.
Les familles attendent maintenant de savoir comment cette reconnaissance se traduira concrètement.
Car Alexandre Morois hérite d’une réforme déjà engagée mais loin d’être achevée.
L’automne 2026 sera décisif
C’est probablement là que se trouve la principale raison d’attendre avant de conclure que la crise est terminée.
Le gouvernement français a indiqué, dans une réponse publiée par le Sénat le 27 août, que le nouveau directeur général avait été chargé d’examiner les recommandations formulées dans les différents rapports consacrés à l’avenir de l’AEFE et d’élaborer une stratégie accompagnée d’un calendrier.
Les conclusions de ce travail doivent être présentées au conseil d’administration de l’Agence à l’automne 2026.
Cette deuxième phase de la réforme doit notamment s’attaquer aux dépenses et améliorer l’efficience de l’Agence avec un objectif clairement affiché : limiter la hausse des frais de scolarité dans les années à venir.
La nouvelle direction promet également de renforcer les échanges avec les établissements conventionnés et partenaires et de mieux les associer à la réflexion stratégique.
Il faudra juger sur pièces.
Une rentrée sous surveillance
Pour cette rentrée 2026-2027, le climat semble donc moins explosif que celui qui prévalait quelques mois auparavant.
Le dialogue a repris, certaines décisions tarifaires ont été corrigées et une nouvelle direction est désormais aux commandes.
Mais les problèmes structurels demeurent.
Le modèle économique de l’AEFE reste fragile, la question du financement par l’État n’est pas définitivement tranchée et les familles refusent de devenir la variable d’ajustement permanente d’une politique de rayonnement international dont elles considèrent que le coût ne doit pas reposer principalement sur leurs épaules.
La France veut continuer à développer son enseignement à l’étranger. Les parents, eux, souhaitent naturellement continuer à offrir à leurs enfants une éducation française de qualité.
Encore faut-il que les deux ambitions restent financièrement compatibles.
Pour les familles du Maroc comme pour celles des autres pays accueillant le réseau, l’automne 2026 constituera donc un véritable test pour la nouvelle direction de l’AEFE.
Après des mois de crise, elles n’attendent plus seulement des déclarations d’intention.
Elles attendent des actes.
Par Salma Semmar












Contactez Nous