Après près de quatre mois d’un mouvement inédit qui a considérablement perturbé l’activité des tribunaux, les avocats ont décidé de poursuivre leur grève. L’Association des barreaux du Maroc (ABAM) l’a confirmé jeudi 10 septembre, démentant ainsi les informations qui avaient laissé entrevoir une reprise imminente.
La décision a été prise à l’unanimité.
Le prochain rendez-vous est désormais fixé au 20 septembre, date à laquelle l’Association devra décider de poursuivre le bras de fer ou de reprendre le travail. Un calendrier qui n’a rien d’anodin : cette réunion interviendra trois jours seulement avant les élections législatives du 23 septembre et après la fin de la campagne électorale.
Le président de l’ABAM, le bâtonnier Houcine Ziani, l’a d’ailleurs clairement relevé.
Derrière ce calendrier se dessine désormais une évidence : le conflit entre les avocats et le gouvernement actuel paraît tellement profond que l’espoir d’une sortie de crise pourrait progressivement se déplacer vers l’après-élections et la formation d’un nouvel exécutif.
Au cœur du bras de fer se trouve la loi 66.23 régissant la profession d’avocat.
Les robes noires considèrent que plusieurs de ses dispositions menacent notamment l’indépendance de leur profession, son autorégulation et l’immunité de la défense.
La décision de la Cour constitutionnelle n’a rien arrangé. Contrairement à ce qui a parfois été compris, celle-ci n’a pas validé la conformité du texte à la Constitution : elle s’est déclarée dans l’impossibilité de statuer en raison d’un problème procédural lié au dossier qui lui avait été transmis.
Pendant ce temps, la facture de cette guerre d’usure devient chaque jour plus lourde.
Elle l’est pour les avocats eux-mêmes, privés d’une partie importante de leurs revenus depuis le début du mouvement le 15 juin.
Mais elle l’est surtout pour les justiciables, confrontés aux reports, aux procédures perturbées et à une justice fonctionnant au ralenti.
À quelques jours de la rentrée judiciaire, une question devient donc urgente : combien de temps encore les tribunaux peuvent-ils supporter ce bras de fer ?
Les avocats semblent déterminés à tenir.
Le gouvernement, lui, arrive au terme de son mandat.
Et entre les deux, ce sont les justiciables qui continuent d’attendre.












Contactez Nous