Le Maroc pourrait-il un jour disposer d’une véritable autoroute de l’hydrogène vert reliant le sud du Royaume à ses grands pôles industriels et portuaires ?
Une étude scientifique publiée début septembre dans la revue Hydrogen apporte une première réponse chiffrée. Des chercheurs ont modélisé un corridor articulé autour de Tan-Tan, Mohammedia, Jorf Lasfar et Tanger Med, avec des projections aux horizons 2030, 2040 et 2050.
Le scénario jugé économiquement optimal retient une impressionnante canalisation de 900 kilomètres entre Tan-Tan et Mohammedia, complétée par du transport maritime côtier vers Jorf Lasfar et Tanger Med.
Attention cependant : aucun chantier de 900 kilomètres n’a été décidé par le gouvernement. Il s’agit d’une modélisation scientifique, destinée à déterminer quelle architecture pourrait être la plus rentable.
Le pipeline lui-même représenterait environ 1,35 milliard de dollars d’investissement, tandis que le coût actualisé de l’ensemble de la chaîne étudiée atteint 10,838 milliards de dollars. Le coût de l’ammoniac livré ressortirait à environ 1.176 dollars la tonne, contre 1.186 dollars avec un réseau entièrement constitué de pipelines et 1.233 dollars avec une solution exclusivement maritime.
LE SOUS-SOL DE MOHAMMEDIA, CLÉ DU PROJET
Le résultat le plus intéressant se trouve pourtant ailleurs.
Selon les calculs des chercheurs, transporter l’hydrogène ne suffirait pas, à lui seul, à rentabiliser cette immense conduite : les économies de fret ne couvriraient que 26 % de sa charge d’investissement.
Ce qui change l’équation serait la possibilité de stocker l’hydrogène dans des cavités salines situées à proximité de Mohammedia. Le modèle estime l’avantage économique associé à ce stockage à environ 790 millions de dollars. Mais l’existence et la capacité exploitable de ces formations doivent encore être confirmées sur le terrain.
L’étude va même jusqu’à tester virtuellement l’infrastructure : son jumeau numérique conclut que les débits envisagés pourraient être supportés sans congestion critique.
L’enjeu dépasse donc largement un simple pipeline. Si ces hypothèses étaient un jour validées industriellement, Tan-Tan pourrait devenir le point de départ énergétique d’un axe stratégique reliant production renouvelable du Sud, industrie nationale et grands ports d’exportation.
Le Maroc disposerait alors non seulement d’hydrogène vert, mais de ce qui manque encore à cette nouvelle économie : une colonne vertébrale pour le transporter, le stocker et l’exporter.
Par Salma Semmar








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