Pendant des décennies, prononcer le nom de La Mamounia suffisait presque à résumer le luxe marocain. Chefs d’État, milliardaires, artistes, écrivains et célébrités internationales ont contribué à transformer le palace marrakchi en une adresse mythique, bien au-delà des frontières du Royaume.
Mais les légendes elles-mêmes peuvent être rattrapées par le temps.
Le dernier classement du World’s 50 Best Hotels 2026 vient de lancer un avertissement difficile à ignorer : La Mamounia tombe à la 75e place mondiale, contre la 30e en 2025. Une chute brutale de 45 rangs en une seule année qui la fait sortir du prestigieux Top 50.
Plus préoccupante encore est la tendance sur plusieurs années. En 2023, pour son centenaire, la Grande Dame de Marrakech trônait à la 6e place mondiale et avait même été désignée meilleur hôtel d’Afrique par ce même classement. Elle est descendue à la 31e place en 2024, remontée timidement à la 30e en 2025 avant de dégringoler à la 75e cette année. Soixante-neuf places perdues en trois ans : le signal mérite forcément réflexion.
POURTANT, LA MAMOUNIA N’EST PAS RESTÉE LES BRAS CROISÉS
Ce recul est d’autant plus troublant que l’établissement a précisément cherché à se réinventer.
Pour son centenaire, d’importantes transformations ont été confiées aux designers Patrick Jouin et Sanjit Manku. Chambres et espaces communs ont été rafraîchis, tandis que de nouvelles expériences ont fait leur apparition : cinéma privé de 21 places, espace champagne et caviar, bar à vins, rooftop et nouvelles signatures gastronomiques.
La question devient alors plus dérangeante : si même de tels investissements ne suffisent plus à maintenir La Mamounia au sommet, que faut-il désormais changer ?
Car le luxe international a profondément évolué. Une belle architecture, un service cinq étoiles, des jardins somptueux et une histoire centenaire ne suffisent plus. La clientèle fortunée recherche l’exclusivité absolue, l’expérience personnalisée, l’innovation permanente et cette capacité à surprendre que proposent les nouveaux palaces.
MARRAKECH N’ATTEND PLUS LA MAMOUNIA
C’est peut-être là que se situe le véritable bouleversement.
Autrefois, La Mamounia était pratiquement synonyme de Marrakech haut de gamme. Aujourd’hui, Marrakech est devenue elle-même une capitale mondiale du luxe hôtelier, capable d’attirer les plus grandes enseignes et de faire émerger des concurrents qui ne s’inclinent plus devant la Grande Dame.
Le Royal Mansour en a donné une démonstration spectaculaire : dans le classement 2025, il occupait la 13e place mondiale, dix-sept rangs devant La Mamounia.
Autrement dit, le problème n’est peut-être pas que La Mamounia soit devenue moins belle. C’est que tout autour d’elle, le niveau du luxe est monté.
PAS EN DÉCADENCE, MAIS PLUS INTOUCHABLE
Il serait cependant injuste de prononcer trop rapidement l’oraison funèbre du palace.
Les classements internationaux eux-mêmes se contredisent largement. En juillet 2026, La Mamounia était encore sacrée « Meilleur Hôtel Urbain d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient » par Travel + Leisure. Un mois plus tard, Robb Report la retenait parmi ses 50 plus grands hôtels de luxe de la planète.
C’est précisément ce paradoxe qui rend son recul dans le World’s 50 Best Hotels si intéressant.
La Mamounia n’est pas en train de mourir. Elle est en train de découvrir qu’elle n’est plus intouchable.
Et pour un établissement habitué depuis un siècle à incarner presque à lui seul l’excellence hôtelière marocaine, la différence est considérable.
La Grande Dame possède encore ce que ses nouveaux concurrents ne pourront jamais acheter : un siècle d’histoire, une légende et une âme.
Reste maintenant à savoir comment elle utilisera cet héritage pour reconquérir les sommets.
Car dans le nouveau Marrakech du luxe, le passé constitue un formidable capital, mais il n’offre plus aucune rente de situation.



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