La protection des enfants face aux réseaux sociaux n’est plus seulement l’affaire de parents dépassés par des adolescents rivés du matin au soir à leurs écrans. Elle est devenue un véritable enjeu de société auquel les États commencent à répondre par la loi. Et sur ce terrain, l’Europe vient de prendre plusieurs longueurs d’avance.
Présenté le 17 septembre par la Commission européenne, le KIDS Act s’attaque frontalement au problème avec une approche progressive : pas de compte sur les réseaux sociaux avant 13 ans ; entre 13 et 15 ans, uniquement des comptes limités créés et supervisés par les parents, avec notamment un temps quotidien plafonné à une heure et un contrôle des contacts ; à partir de 15 ans, le jeune pourrait disposer de son propre compte. Le texte doit encore suivre le processus législatif européen avant de devenir applicable.
Mais l’Europe ne s’arrête pas à une simple barrière d’âge. Elle veut également s’attaquer à ce qui rend ces plateformes particulièrement captivantes pour les plus jeunes : mécanismes addictifs, sollicitations permanentes, contacts avec des inconnus et paramètres insuffisamment protecteurs. Le dispositif englobe aussi les plateformes vidéo, les jeux en ligne, les magasins d’applications et, fait désormais incontournable, les chatbots et compagnons utilisant l’intelligence artificielle.
Une question se pose alors au Maroc : pourquoi ne pas s’inspirer de ce modèle ?
Le Royaume ne part pas de zéro. Le ministère de l’Éducation nationale a déjà engagé des programmes de sensibilisation dans les établissements scolaires portant sur les dangers des réseaux sociaux, la protection des données personnelles, le cyberharcèlement et les fausses informations. Un projet national de prévention et de traitement du harcèlement scolaire et du cyberharcèlement est également en cours de déploiement.
Mais la sensibilisation seule montre rapidement ses limites face à des outils devenus omniprésents.
Le prochain gouvernement pourrait donc ouvrir ce chantier en instaurant une véritable majorité numérique progressive : interdiction des comptes avant 13 ans, contrôle parental renforcé entre 13 et 15 ans et responsabilisation beaucoup plus forte des plateformes. Car interdire sur le papier ne servirait à rien si un enfant peut contourner la règle en quelques secondes en déclarant simplement une fausse date de naissance. La vérification de l’âge sera donc le véritable nerf de la guerre, à condition qu’elle puisse être réalisée sans ouvrir la voie à une collecte disproportionnée des données personnelles.
L’autre bataille devrait se jouer à l’école. Un élève a-t-il réellement besoin de consulter TikTok, Instagram ou Snapchat pendant ses heures de cours ? Le Maroc pourrait aller vers un encadrement beaucoup plus strict du smartphone dans les établissements scolaires, avec des exceptions limitées aux usages pédagogiques ou aux nécessités particulières. Cette interdiction devrait toutefois être accompagnée d’une véritable éducation numérique portant sur le cyberharcèlement, la désinformation, la protection de la vie privée mais aussi, désormais, les deepfakes et l’intelligence artificielle.
Enfin, les parents ne peuvent être écartés de l’équation. L’État peut légiférer et l’école réglementer, mais l’enfant retrouve son téléphone une fois rentré chez lui. La protection des mineurs suppose donc une responsabilité partagée entre pouvoirs publics, établissements scolaires, plateformes et familles.
Une grande loi marocaine nécessitera du temps. Entre préparation, consultations, parcours parlementaire et mise en place des dispositifs techniques, son application pourrait ne pas intervenir avant 2028. Mais rien n’oblige à attendre jusque-là pour agir dans les écoles.
Quand une génération entière grandit désormais avec un smartphone à portée de main, la lenteur de la loi ne peut plus devenir le prétexte à l’inaction.












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