Après des années à scruter avec inquiétude le niveau des barrages, le Maroc respire enfin. Mais peut-il pour autant considérer que la grande crise de l’eau appartient au passé ? Certainement pas encore.
Au 1er septembre, les barrages du Royaume retenaient environ 11,5 milliards de m³, pour un taux de remplissage de 67,5 %. C’est près de deux fois le stock enregistré à la même période en 2025. Une situation suffisamment confortable pour éloigner, à court terme, les scénarios les plus alarmistes qui avaient accompagné les longues années de sécheresse.
Mais derrière cette embellie se cache un avertissement : entre le 18 mai et le 1er septembre, les retenues ont déjà perdu 1,46 milliard de m³. Irrigation, consommation d’eau potable et surtout fortes chaleurs avec leur corollaire, l’évaporation, continuent de faire fondre rapidement les réserves.
Autrement dit, quelques mois généreux en pluie ne suffisent pas à déclarer la guerre de l’eau gagnée.
Le Maroc semble d’ailleurs en avoir tiré les leçons puisqu’il est engagé dans une transformation sans précédent de son modèle hydrique. Le Royaume compte aujourd’hui 156 grands barrages pour une capacité globale dépassant 20 milliards de m³. À cela s’ajoute une nouvelle génération d’ouvrages actuellement en chantier ou en surélévation représentant plus de 29,7 milliards de dirhams d’investissements et quelque 5 milliards de m³ de capacité supplémentaire.
Plusieurs chantiers sont déjà très avancés. Sidi Abou et Aït Ziat atteignent 100 % de réalisation, tandis que Beni Azimane approche les 98 %. D’autres ouvrages géants suivront, dont Ratba, à Taounate, qui pourra à lui seul stocker 1,9 milliard de m³.
Mais construire toujours plus de barrages ne constitue plus l’unique réponse.
La véritable révolution se trouve peut-être du côté de la mer. Le Maroc produit actuellement quelque 420 millions de m³ d’eau dessalée par an et ambitionne de porter cette capacité à 1,7 milliard de m³ à l’horizon 2030. L’objectif est considérable : faire du dessalement l’un des piliers de l’alimentation en eau potable et réduire progressivement la dépendance des grandes villes aux précipitations.
S’ajoutent les fameuses « autoroutes de l’eau ». Après la première liaison entre le Sebou et le Bouregreg, le Royaume prépare une extension vers l’Oum Er-Rbia afin de déplacer la ressource des bassins excédentaires vers ceux qui souffrent davantage du déficit. À terme, les projets d’interconnexion doivent permettre des transferts annuels considérables entre différentes régions du pays.
Reste pourtant un problème dont on parle moins : l’envasement. Un barrage peut afficher un taux de remplissage rassurant tout en ayant perdu au fil des décennies une partie de sa capacité réelle sous l’accumulation des sédiments. Le ministère de l’Équipement et de l’Eau vient justement de lancer une étude sur dix grands barrages afin de mesurer précisément cette perte de stockage.
Il existe enfin une autre bataille, probablement la plus difficile : celle de la consommation.
Le Maroc peut construire des barrages, dessaler l’Atlantique et transférer des centaines de millions de mètres cubes d’une région à une autre, mais aucune politique hydrique ne sera durable sans une utilisation plus rationnelle de la ressource. L’agriculture demeure au centre de cette équation, tout comme les pertes dans les réseaux, la réutilisation des eaux usées traitées et les comportements quotidiens des consommateurs.
La bonne nouvelle est donc réelle : le Maroc de 2026 n’est plus dans la situation critique qu’il connaissait au plus fort de la sécheresse. Les pluies ont reconstitué une partie importante de ses réserves et les investissements engagés commencent à changer profondément la donne.
La mauvaise serait d’en conclure que le problème est définitivement réglé.
Car le véritable défi n’est plus seulement de remplir les barrages lorsqu’il pleut. Il consiste désormais à construire un Maroc capable de garantir son eau même lorsqu’il ne pleut pas.
Par Mounir Ghazali












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