À deux jours des législatives du 23 septembre, une inconnue dépasse presque toutes les autres : les jeunes Marocains se déplaceront-ils mercredi pour voter ? Ils occupent une place centrale dans les discours des partis, sont omniprésents sur les réseaux sociaux et figurent parmi les premiers concernés par le chômage, le logement, l’école ou la santé. Pourtant, leur poids dans le corps électoral demeure étonnamment faible.
Sur plus de 15,8 millions d’électeurs inscrits, les 18-24 ans ne représenteraient que 4 %, alors que cette tranche d’âge pèse autour de 12 % de la population. À l’inverse, les 60 ans et plus représentent 29 % des inscrits.
Le scrutin permettra d’élire les 395 membres de la Chambre des représentants. Mais derrière la compétition entre partis se joue donc une autre bataille : celle de la participation d’une génération qui semble avoir pris ses distances avec les urnes et, pour une partie d’entre elle, avec l’offre politique traditionnelle.
Emploi et avenir : les premières préoccupations
Ce désenchantement ne vient pas de nulle part. Le chômage atteignait 13 % en 2025, mais montait à environ 37 % chez les 15-24 ans, selon les données reprises par Associated Press. Les difficultés d’accès au premier emploi, les salaires, le logement, l’enseignement et la qualité des services de santé alimentent les préoccupations.
Le Maroc connaît pourtant une transformation spectaculaire : grands chantiers d’infrastructures, investissements industriels, préparation du Mondial 2030, développement ferroviaire et modernisation des villes. Mais une partie de la jeunesse attend désormais que ces ambitions nationales produisent des améliorations aussi visibles dans son quotidien.
C’est peut-être là que se trouve le véritable défi des partis : convaincre les jeunes que les grandes transformations du pays peuvent aussi changer leur propre avenir.
Une jeunesse politique, mais autrement
Il serait cependant trop facile de conclure que les jeunes Marocains se désintéressent de la vie publique.
Les mobilisations apparues autour de GenZ 212, notamment sur les questions de santé et d’éducation, ont montré qu’une partie de cette génération pouvait se mobiliser fortement en dehors des cadres politiques traditionnels.
Les importantes tentatives de passage vers Sebta ont également replacé au premier plan une question beaucoup plus profonde : pourquoi certains jeunes considèrent-ils encore le départ comme une meilleure perspective que l’avenir au pays ?
Le paradoxe devient alors saisissant : une jeunesse très présente dans le débat public pourrait finalement peser beaucoup moins qu’on ne l’imagine dans les urnes.
Les partis ont investi TikTok et Instagram
Les formations politiques ont parfaitement compris le problème. Cette campagne s’est largement déplacée vers TikTok, Instagram, Facebook et les formats vidéo courts, avec l’objectif évident d’atteindre un électorat qui ne suit plus nécessairement les meetings ou les médias traditionnels.
Emploi, entrepreneuriat, pouvoir d’achat, logement, santé et éducation occupent également une place importante dans les programmes.
Mais adopter les codes numériques de la jeunesse ne signifie pas automatiquement obtenir sa confiance.
Le décalage est aussi générationnel : Associated Press relève que l’âge moyen des parlementaires sortants est de 53 ans. Pour des électeurs de 18 ou 20 ans, la distance ne se mesure donc pas seulement en kilomètres jusqu’au bureau de vote.
Caïds et moqaddems passent aussi dans les quartiers
Autre signe révélateur de l’importance accordée à la participation : des agents d’autorité, notamment des caïds et des moqaddems, passent dans des maisons et des commerces pour rappeler aux citoyens le rendez-vous électoral et les encourager à aller voter, selon des témoignages recueillis sur le terrain.
La présence de l’administration territoriale autour des opérations électorales n’est en revanche pas inhabituelle. Les autorités locales participent traditionnellement à l’organisation matérielle des scrutins et à l’information des citoyens.
Une frontière doit surtout rester parfaitement claire : inciter un citoyen à exercer son droit de vote est une chose ; chercher à orienter son choix électoral en serait une autre. La neutralité de l’administration constitue à cet égard une condition essentielle de la régularité du scrutin.
Cette mobilisation de proximité donne néanmoins une indication : l’abstention préoccupe suffisamment pour que la bataille de la participation se joue jusque dans les quartiers.
Le problème commence avant l’abstention
Le chiffre de 4 % concernant les 18-24 ans mérite par ailleurs d’être correctement interprété. Il s’agit de leur proportion parmi les électeurs inscrits, et non du pourcentage de jeunes qui voteront mercredi.
Au Maroc, l’inscription sur les listes électorales n’est pas automatique à 18 ans. Une partie des jeunes reste donc extérieure au scrutin avant même l’ouverture des bureaux de vote.
Il existe ainsi deux phénomènes différents : la non-inscription et l’abstention. Et le premier constitue peut-être un problème encore plus profond que le second.
Le précédent de 2021
Lors des élections de 2021, le taux de participation avait atteint 50,18 %, contre 43 % en 2016. Mais la comparaison avec 2026 devra être prudente : les législatives de 2021 avaient été organisées le même jour que les élections communales et régionales, créant une dynamique électorale particulière.
Mercredi soir, tous les regards seront naturellement tournés vers les résultats, les sièges remportés et les rapports de force issus des urnes.
Mais un autre chiffre méritera une attention toute particulière : celui de la participation.
Car au-delà de savoir quels partis sortiront renforcés ou affaiblis du 23 septembre, une interrogation restera déterminante pour les années à venir : les responsables politiques auront-ils réussi à ramener vers les urnes cette jeunesse marocaine dont tout le monde parle, mais qu’il devient de plus en plus difficile de convaincre avec de simples promesses ?












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