En rompant, le 10 septembre, ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, l’Algérie a officiellement invoqué des actes « provocateurs ou hostiles », sans toutefois préciser l’incident ayant déclenché cette décision radicale. Alger a également ordonné la fermeture de son espace aérien aux appareils émiratis, avec une période transitoire accordée aux vols commerciaux.
Cette rupture n’est pourtant pas un coup de tonnerre. Elle constitue l’aboutissement d’une dégradation engagée depuis plusieurs années et pourrait progressivement s’étendre aux secteurs économique, commercial et financier. Dès février, Alger avait d’ailleurs enclenché la procédure de dénonciation de l’accord aérien signé en 2013 avec Abou Dhabi.
La véritable cause du divorce se trouve probablement moins dans un différend strictement bilatéral que dans le rapprochement stratégique entre les Émirats et le Maroc. Abou Dhabi soutient clairement la souveraineté marocaine sur le Sahara, a ouvert un consulat à Laâyoune et accompagne plusieurs projets économiques dans les provinces du Sud. Pour le pouvoir algérien, chaque investissement et chaque succès diplomatique obtenu par Rabat dans cette région constituent un nouveau recul pour la thèse séparatiste qu’il défend depuis un demi-siècle.
L’appartenance du Maroc et des Émirats au cercle des pays ayant normalisé leurs relations avec Israël renforce encore la méfiance algérienne. Alger voit se consolider autour de son voisin marocain un réseau d’alliances diplomatiques, économiques et militaires susceptible de modifier durablement l’équilibre régional.
La rivalité s’étend également au Sahel, à la Libye et au Mali, où Alger et Abou Dhabi défendent des acteurs et des stratégies parfois opposés. Les autorités algériennes accusent aussi les Émirats de soutenir des mouvements hostiles au régime, notamment le MAK kabyle, sans avoir publiquement apporté de preuves concluantes.
Derrière les déclarations martiales d’Abdelmadjid Tebboune se dessine donc une confrontation essentiellement géopolitique. Elle oppose une Algérie inquiète de perdre son influence régionale à des Émirats assumant leur partenariat avec le Maroc et leur présence croissante en Afrique.
Comme lors de la rupture avec Rabat en 2021, Alger privilégie une nouvelle fois la fermeture à la négociation. En voulant sanctionner Abou Dhabi, l’Algérie risque surtout d’accentuer son isolement, alors que le Maroc continue, de son côté, à élargir le cercle de ses partenaires et des soutiens à son intégrité territoriale.
Après le Maroc puis les Émirats arabes unis, la liste des partenaires avec lesquels Alger choisit la rupture s’allonge. Cette diplomatie de fermeture, nourrie par la méfiance et le sentiment d’encerclement, pose désormais une question inévitable : qui sera le prochain ? Un État du Sahel, une autre monarchie du Golfe ou un pays africain proche du Maroc ? À force de transformer ses désaccords en crises, le pouvoir algérien risque surtout d’accentuer son isolement diplomatique et de réduire dangereusement ses marges d’influence.












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