« Ils ont commencé à mourir les uns après les autres. » Le témoignage des survivants donne la mesure du drame survenu dans un centre de détention de Minna, capitale de l’État du Niger, dans le centre-nord du Nigeria. Trente-sept personnes, pour la plupart de jeunes chercheurs d’or artisanaux et parmi lesquelles figuraient plusieurs adolescents, ont perdu la vie dans des circonstances qui soulèvent de graves accusations contre leurs gardiens.
Les victimes faisaient partie d’un groupe arrêté les 15 et 16 septembre lors d’opérations menées contre des sites présumés d’exploitation illégale d’or. Elles avaient été placées dans une cellule du Corps nigérian de sécurité et de défense civile, le NSCDC, une force paramilitaire chargée notamment de protéger les infrastructures et de lutter contre certaines activités clandestines.
Selon plusieurs rescapés interrogés par Reuters, près de 70 détenus auraient été entassés dans une cellule de cinq mètres carrés, pratiquement dépourvue d’aération. Des gardiens auraient ensuite projeté à l’intérieur une substance encore non identifiée, décrite comme piquante ou parfumée, avant de maintenir la porte fermée.
Très rapidement, les prisonniers auraient commencé à suffoquer, à tousser et à s’effondrer. Malgré les coups frappés contre la porte et les appels désespérés demandant de l’air et de l’aide, personne ne serait intervenu à temps. « L’un après l’autre, ils ont commencé à mourir », a raconté un survivant.
La version initialement avancée par le NSCDC évoquait une possible épidémie. Cette explication a immédiatement suscité le doute, car les détenus avaient été arrêtés seulement un ou deux jours auparavant. D’autres témoignages ont plutôt fait état d’une suffocation provoquée par la surpopulation, l’absence de ventilation et l’utilisation présumée d’une substance irritante.
Selon Reuters, les premières constatations pratiquées sur trois corps auraient révélé des cloques ainsi que l’écoulement d’un liquide brunâtre. Ces éléments ne permettent cependant pas, à eux seuls, de déterminer la cause précise des décès. Seules des expertises médico-légales indépendantes pourront établir si les victimes ont succombé à une intoxication, à un manque d’oxygène, à des violences ou à une combinaison de plusieurs facteurs.
Les familles contestent également les circonstances des arrestations. Certaines assurent que leurs enfants n’étaient pas des exploitants clandestins. Le père d’une victime âgée de 25 ans affirme ainsi que son fils, mécanicien de profession, rentrait simplement chez lui lorsqu’il a été interpellé avec plusieurs amis.
L’émotion a rapidement laissé place à la colère. Des manifestations ont éclaté à Minna pour réclamer justice et vérité. La police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les rassemblements, tandis que les autorités ont imposé un couvre-feu après des affrontements et des tentatives d’incendie contre des bâtiments publics.
Face à l’indignation, le président Bola Tinubu a ordonné une enquête. Le commandant régional du NSCDC a été suspendu, ainsi que plusieurs agents, et une commission réunissant des experts médicaux et juridiques a été constituée. Le gouvernement promet qu’aucun responsable ne sera protégé, tout en appelant à ne pas tirer de conclusions avant la fin des investigations.
Mais l’affaire dépasse désormais la seule question de l’exploitation minière illégale. Elle place l’État nigérian face à une interrogation beaucoup plus lourde : comment 37 personnes privées de liberté, dont certaines n’avaient pas encore été jugées et plusieurs étaient mineures, ont-elles pu mourir en quelques heures sous la garde d’une institution publique ?
Lutter contre les mines clandestines ne peut justifier ni des détentions inhumaines ni la mort de suspects enfermés dans une cellule. Au Nigeria, l’enquête devra désormais déterminer s’il s’agit d’une tragédie provoquée par une négligence criminelle ou d’un acte volontaire. Dans les deux cas, les familles attendent plus que des suspensions administratives : elles réclament des noms, des responsabilités et un procès.












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