Ce mercredi 23 septembre 2026, le Maroc ne choisit pas uniquement les 395 membres de la Chambre des représentants. Il décide de la majorité qui dirigera le pays durant les cinq prochaines années et du gouvernement qui aura la lourde responsabilité de répondre aux urgences sociales tout en préparant l’échéance stratégique de la Coupe du monde 2030.
Mais derrière l’apparente effervescence électorale se cache une interrogation beaucoup plus profonde : les Marocains croient-ils encore que leur bulletin de vote peut réellement changer leur quotidien ?
Près de 11 millions de Marocains hors des listes
Le premier chiffre révèle à lui seul l’ampleur de la crise de confiance. Le Maroc compte environ 26,7 millions de personnes en âge de voter, mais seulement 15 801 162 électeurs sont inscrits sur les listes électorales.
Autrement dit, près de 10,9 millions de citoyens en âge de voter — environ 41 % du corps électoral potentiel — ne participeront pas au scrutin, puisqu’ils ne se sont même pas inscrits. Plus inquiétant encore, le nombre d’inscrits aurait diminué de 9,7 % par rapport aux législatives de 2021, malgré l’augmentation de la population.
À cette abstention administrative viendra s’ajouter celle des électeurs inscrits qui décideront de rester chez eux. Le véritable vainqueur de cette journée pourrait donc ne pas être un parti politique, mais l’abstention.
7 288 candidats pour 395 sièges
La bataille électorale n’en demeure pas moins particulièrement disputée. Les autorités ont enregistré 1 850 listes, réunissant 7 288 candidats issus de 27 partis politiques. Cela représente plus de 18 candidats pour chaque siège disponible. Les femmes constituent 46 % des électeurs inscrits, contre 54 % pour les hommes.
Pour obtenir seul la majorité absolue, un parti devrait atteindre 198 sièges. Dans un paysage aussi fragmenté, cette perspective paraît extrêmement difficile. Le résultat devrait donc ouvrir une nouvelle période de négociations, d’alliances et de compromis pour constituer une coalition gouvernementale.
C’est là que surgit une autre question : les partis s’allieront-ils autour d’un véritable projet de société ou simplement autour du partage des portefeuilles ministériels ?
Une jeunesse largement absente
La faible présence des jeunes constitue l’autre fracture majeure de ces élections. Les 18-24 ans représenteraient environ 12 % de la population, mais seulement 4 % des électeurs inscrits. Dans le même temps, le chômage touche près de 37 % des jeunes âgés de 15 à 24 ans, tandis que l’âge moyen des parlementaires sortants avoisine 53 ans.
Le contraste est brutal : la catégorie de la population qui subit le plus fortement le chômage, la précarité et la difficulté d’accès au logement est aussi celle qui paraît la moins représentée dans les urnes et dans les institutions.
Cette désertion ne traduit pas nécessairement un désintérêt pour la chose publique. Elle exprime surtout le sentiment que les mêmes acteurs, les mêmes discours et les mêmes alliances finissent toujours par reproduire les mêmes résultats.
Pouvoir d’achat, emploi et services publics
Durant la campagne, les partis ont multiplié les promesses concernant le pouvoir d’achat, l’emploi, les aides directes, la protection sociale, la fiscalité, les petites entreprises et l’intégration du secteur informel. Ce sont effectivement les préoccupations centrales des Marocains.
Mais après les slogans viendra l’épreuve des chiffres. Le prochain gouvernement devra agir dans un pays où la pauvreté relative toucherait 12,7 % de la population et où le chômage des jeunes demeure extrêmement élevé.
Il devra également répondre aux difficultés de l’école publique, de la santé, du logement et des transports, sans oublier le stress hydrique, la souveraineté alimentaire et l’augmentation du coût de la vie.
La question n’est donc plus de savoir qui promettra le plus, mais qui expliquera sérieusement comment financer ses engagements, selon quel calendrier et avec quels mécanismes de contrôle.
Le défi de la transparence
Face aux risques de fraude et d’achat de voix, le dispositif juridique a été considérablement renforcé. Vingt-huit des 32 articles encadrant les infractions électorales ont été modifiés. Les peines de prison et les amendes ont été aggravées, tandis que l’utilisation de fausses informations, de trucages audiovisuels ou de contenus générés pour manipuler les électeurs est désormais sanctionnée.
Au total, 3 006 observateurs nationaux ont été accrédités : 783 relevant du Conseil national des droits de l’Homme et 2 223 issus de la société civile. Environ 200 observateurs internationaux représentant une trentaine d’organismes, d’organisations et de missions diplomatiques doivent également suivre le scrutin.
Ces garanties sont indispensables. Mais la régularité matérielle du vote ne suffira pas à résoudre la crise politique. Un scrutin peut être correctement organisé tout en débouchant sur une majorité insuffisamment représentative si une grande partie de la population refuse d’y participer.
Entre urgence sociale et Mondial 2030
Le gouvernement issu des urnes aura enfin la responsabilité de piloter les milliards investis dans les infrastructures liées à la Coupe du monde 2030. L’événement représente une formidable occasion d’accélérer la modernisation du pays, mais aussi un risque : celui de construire un Maroc spectaculaire pour les visiteurs tout en laissant persister les inégalités du Maroc quotidien.
Les stades, les aéroports et les lignes ferroviaires ne pourront pas tenir lieu, à eux seuls, de politique sociale. La réussite de 2030 se mesurera aussi à la qualité des écoles, des hôpitaux, des emplois créés et des services offerts aux citoyens.
Ce 23 septembre est donc bien davantage qu’une compétition entre partis. C’est un test de confiance, de représentativité et de crédibilité.
À la fermeture des bureaux de vote, il faudra bien sûr compter les sièges. Mais il faudra surtout compter les absents. Car au-delà du nom du prochain chef du gouvernement, le chiffre le plus important sera celui de la participation.
C’est lui qui dira si la majorité issue des urnes dispose d’un véritable mandat populaire ou si elle devra gouverner un pays dont une grande partie des citoyens ne croit plus que la solution puisse venir des urnes.












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