Mohamed Ouzzine avait refusé de lui accorder l’investiture du Mouvement populaire. Mustapha Lakhsem a changé de parti, s’est présenté à Sefrou et a remporté son siège. Pour l’ancien champion du monde de kick-boxing, la victoire dépasse l’entrée à la Chambre des représentants : elle donne une réponse électorale à une rupture politique devenue publique.
Tête de liste du Mouvement démocratique et social (MDS), Lakhsem est arrivé en tête dans la circonscription de Sefrou. Selon les résultats locaux rapportés après le dépouillement, sa liste a recueilli 19 608 voix. Un succès d’autant plus remarqué que le MDS ne dispose pas de la puissance électorale des grandes formations qu’il affrontait.
Lakhsem n’était pourtant pas un inconnu venu tenter sa chance à la dernière minute. Sa carrière sportive lui a donné une renommée nationale ; son mandat à la tête de la commune d’Imouzzer Kandar l’a installé dans la vie politique locale. Il possède surtout une manière de communiquer qui tranche avec celle de nombreux responsables de parti : il parle directement, s’expose sur les réseaux sociaux et accepte la confrontation. Cette présence lui vaut une visibilité particulière auprès des jeunes. Il serait toutefois excessif d’attribuer sa victoire au seul vote de la jeunesse : aucun résultat disponible ne permet de mesurer précisément l’âge de ses électeurs.
Sa campagne a été nourrie par son conflit avec Mohamed Ouzzine. Le secrétaire général du Mouvement populaire a justifié le refus d’investiture par les poursuites judiciaires visant Lakhsem. Celui-ci a contesté la décision, puis rejoint en août le MDS d’Abdessamad Archane. Le différend s’est durci au point de donner lieu à une plainte d’Ouzzine pour insultes et diffamation à la suite de déclarations de son ancien camarade de parti. Le résultat des urnes ne tranche évidemment aucune de ces affaires judiciaires.
Politiquement, le revers est néanmoins difficile à ignorer pour le Mouvement populaire. Le parti avait renoncé à investir un élu disposant d’une forte notoriété dans la région ; celui-ci gagne sous une autre étiquette, tandis que le MP avait choisi Mohamed Bousta pour porter ses couleurs à Sefrou. Cela ne prouve pas qu’Ouzzine aurait dû prendre une autre décision : un parti peut invoquer des critères qui dépassent la seule capacité d’un candidat à gagner. Mais cela rappelle qu’en politique locale, la popularité d’une personnalité peut survivre à sa rupture avec l’appareil qui l’a portée.
Lakhsem a remporté la bataille de Sefrou. La suite sera moins spectaculaire et plus exigeante. Au Parlement, les vidéos, la franchise et le passé de champion ne suffiront pas : ses électeurs attendront qu’il défende leurs intérêts et obtienne des résultats. Après avoir prouvé qu’il pouvait gagner sans le Mouvement populaire, Mustapha Lakhsem devra montrer ce qu’il peut accomplir comme député.












Contactez Nous