Licencié fin 2023, Jay Jones s’est trouvé une nouvelle mission : purger LinkedIn de ses escrocs. Surnommé « The Profiler », cet habitant de la région de Chicago a déjà contribué à faire supprimer près de 60 000 offres d’emploi fictives et à faire signaler 7 000 faux comptes. Son constat est amer : « Quand tu braques la lumière, les cafards s’enfuient », déclarait-il récemment au Wall Street Journal.
Sur la plateforme, les méthodes d’arnaque sont devenues particulièrement sophistiquées. Les escrocs ne se contentent plus de simples profils anonymes : ils piratent des comptes d’utilisateurs authentiques (parfois certifiés par un badge), détournent l’identité de véritables entreprises ou créent des usurpations en série à l’aide de l’intelligence artificielle. Ces faux recruteurs approchent ensuite les chercheurs d’emploi pour leur extorquer de l’argent (prétendus frais d’optimisation de CV) ou des données personnelles sensibles (numéro de sécurité sociale, permis de conduire).
Jay Jones a notamment débusqué une trentaine de fausses annonces (saisie de données, service client) hébergées directement sur les pages officielles de grands groupes comme Hyundai ou Capital One, redirigeant les candidats vers des sites frauduleux. Plus grave encore, des comptes piratés — dont celui d’un dentiste chilien — ont été rattachés au profil d’entreprises réelles pour leur voler leur crédibilité.
Si LinkedIn affirme bloquer la majorité des abus en amont (90 millions de faux comptes stoppés fin 2025), le réseau social peine à réagir promptement. La plateforme laisse parfois un délai de 14 jours aux profils incriminés avant d’intervenir, une lenteur que Jay Jones qualifie de « terrorisme économique ». Face à la pression, LinkedIn a annoncé le déploiement d’outils permettant aux entreprises de couper immédiatement tout lien avec ces profils imposteurs.
En attendant de retrouver un poste stable, Jay Jones finance sa traque en conduisant pour Uber, en animant des conférences de sensibilisation à la cybersécurité et en vendant des vêtements militants. Sa plateforme de travail quotidienne ? Un navigateur saturé par une cinquantaine d’onglets ouverts, prêt à traquer la moindre faille.












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