Jeudi, les partis ont fait ce que font les partis au lendemain d’une élection : compter leurs sièges, mesurer leurs rapports de force et imaginer leurs alliances. Le PAM, arrivé en tête des résultats provisoires avec 97 députés, peut prétendre conduire le prochain gouvernement. Le RNI en obtient 66, l’Istiqlal 65, tandis que le PJD revient dans le jeu avec 54 élus. Mais un autre chiffre accompagne cette nouvelle carte politique : environ 38 % des inscrits ont voté. Autrement dit, la victoire dans les urnes ouvre une responsabilité considérable envers ceux qui s’y sont rendus, comme envers ceux qui ont préféré rester chez eux.
Il serait trop facile de réduire cette abstention à l’indifférence. Certains citoyens n’ont pas voté parce qu’ils ne se reconnaissent plus dans les candidats. D’autres doutent que leur bulletin puisse changer le prix de leurs courses, l’attente aux urgences ou les perspectives d’emploi de leurs enfants. Ce désenchantement a des causes diverses ; le futur gouvernement aurait tort de le traiter comme un simple problème de communication.
Le PAM dispose désormais de la première place, mais ses 97 sièges restent loin des 198 nécessaires à une majorité absolue. Il lui faudra des partenaires. Reconduire l’alliance avec le RNI et l’Istiqlal lui donnerait, sur la base des résultats provisoires, 228 députés. Une autre coalition pourrait modifier les équilibres. Dans les deux cas, la négociation devra répondre à une question que les électeurs sont en droit de poser : quelles promesses survivront au partage des ministères ?
Cette question sera particulièrement délicate pour des formations qui ont siégé ensemble dans la majorité sortante tout en prenant leurs distances pendant la campagne. Elles peuvent défendre leur bilan, reconnaître ses insuffisances et proposer des corrections. Elles ne peuvent demander aux Marocains de croire à un nouveau départ sans expliquer clairement ce qui changera, qui en aura la charge et dans quels délais.
Le PAM a placé l’emploi, le pouvoir d’achat, la santé et le logement au cœur de son programme. Ses engagements sont chiffrés : le parti évoque notamment un million d’emplois nets sur le mandat et d’importants investissements dans les services de santé. La formation d’une coalition obligera à transformer ce programme électoral en engagements gouvernementaux partagés. Ce passage sera le premier examen de sa crédibilité : une mesure abandonnée devra être expliquée, une mesure conservée devra être financée et suivie.
Les Marocains, eux, n’attendront pas cinq ans pour commencer à juger. Ils regarderont si le centre de santé de leur quartier dispose de personnel, si les jeunes trouvent autre chose que des stages sans lendemain, si les aides sociales arrivent à ceux qui en ont besoin, si une hausse de salaire se ressent encore une fois le loyer et les courses payés. À l’approche du Mondial 2030, ils verront aussi si les grands investissements profitent aux territoires situés loin des stades et des vitrines internationales. C’est là que se joue la crédibilité de l’action publique : dans l’écart, ou la concordance, entre les grands chantiers et la vie ordinaire.
Les députés auront leur part à assumer. Pendant la campagne, ils ont parcouru les marchés, écouté les doléances et promis de rester proches des habitants. Dès demain, cette proximité devra cesser d’être une photographie électorale. Un élu utile revient dans sa circonscription, explique ses votes, suit les dossiers qu’on lui confie et accepte d’être interrogé sur ce qu’il n’a pas obtenu. Celui qui disparaît après sa victoire contribue, à chaque absence, à préparer la prochaine abstention.
L’opposition aura également un rôle décisif. Avec ses 54 sièges, le PJD retrouve les moyens de peser dans les débats parlementaires. D’autres formations pourront demander des comptes à la majorité. Encore faudra-t-il exercer ce contrôle sur des budgets, des délais et des résultats, au lieu de réserver les grandes indignations aux seules tribunes.
Le prochain gouvernement obtiendra une majorité par les négociations et un vote au Parlement. La confiance des citoyens, elle, ne figure sur aucune liste de sièges. Elle devra se reconstruire après l’élection, quand les affiches auront disparu et que les élus se retrouveront face aux promesses qu’ils ont faites.












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