Les partis ont multiplié les programmes, les meetings et les promesses. Le 23 septembre, seuls 38,08 % des électeurs inscrits ont voté. Ce chiffre ne dit pas à lui seul pourquoi les autres sont restés chez eux. Il impose néanmoins une question aux formations politiques : pourquoi leurs propositions, malgré une campagne intense, ont-elles convaincu si peu de citoyens de se déplacer ?
La responsabilité incombe d’abord aux partis. Quand plusieurs programmes promettent de créer des emplois, d’améliorer l’école et de faciliter l’accès au logement, la différence se joue dans les moyens : combien coûteront ces mesures, quand seront-elles appliquées et qui devra en rendre compte ? Sans réponses précises, la surenchère des chiffres finit par affaiblir la parole de tous. Certaines formulations paraissent si semblables qu’elles donnent l’impression de textes produits à la chaîne. Cela ne prouve pas qu’ils ont été rédigés par une intelligence artificielle ; cela montre surtout combien il devient difficile, pour un électeur, d’identifier un véritable choix politique. Les grandes formations ont effectivement mis en avant des engagements proches sur l’emploi des jeunes et le logement.
Le choix des candidats compte tout autant. Reconduire des élus expérimentés peut avoir du sens, à condition de pouvoir montrer ce qu’ils ont accompli. Lorsque les mêmes visages reviennent sans bilan lisible, ou lorsque le cumul des responsabilités laisse planer un doute sur leur disponibilité, le programme national perd de sa force au contact de la circonscription.
Les partis qui ont gouverné portent une responsabilité particulière : leurs engagements passés peuvent être comparés à la vie quotidienne des Marocains. L’opposition, elle, ne peut se contenter de dénoncer ce bilan. Elle doit démontrer en quoi ses solutions seraient différentes et réalisables. L’éloignement des jeunes du processus électoral rend cette exigence plus pressante encore.
Il faut toutefois se garder de faire parler tous les abstentionnistes d’une seule voix. Certains ont voulu exprimer leur défiance ; d’autres ont pu se sentir peu concernés, empêchés ou insuffisamment informés. Le taux de participation ne prend en compte que les électeurs inscrits : il ne mesure pas, à lui seul, la distance de l’ensemble des citoyens avec la politique. La comparaison avec 2021 demande aussi de la prudence, puisque les législatives s’étaient alors tenues le même jour que les élections communales et régionales.
Les élus issus du scrutin disposent de leur mandat. Mais la victoire dans les urnes ne suffit pas à dissiper la défiance que signale une si faible mobilisation. La réponse appartient désormais à la majorité comme à l’opposition : publier des objectifs vérifiables, expliquer les arbitrages, rendre compte des votes et revenir devant les électeurs entre deux campagnes. Si les cinq prochaines années reproduisent le même écart entre promesses et résultats, l’abstention du 23 septembre risque de devenir une habitude plutôt qu’un avertissement.












Contactez Nous