Le Maroc vient de franchir une étape politique majeure. Ce mardi 29 septembre, le Roi Mohammed VI a désigné Fatima Ezzahra El Mansouri pour former le prochain gouvernement. Pour la première fois, une femme est appelée à diriger l’Exécutif. Mais passée la portée historique de cette nomination, la nouvelle cheffe du gouvernement se retrouve devant une arithmétique parlementaire exigeante.
Le Parti authenticité et modernité (PAM) est arrivé en tête des législatives avec 97 sièges sur 395. Il lui en faut 198 pour disposer de la majorité absolue : il manque donc 101 députés à Fatima Ezzahra El Mansouri. Aucun partenaire ne peut, à lui seul, combler cet écart. Même une alliance avec l’Istiqlal, fort de 65 sièges, s’arrêterait à 162. Avec le RNI et ses 66 élus, en revanche, le trio atteindrait 228 sièges. Cette formule paraît la plus simple sur le papier ; politiquement, elle est loin d’être acquise.
Le premier obstacle s’appelle l’Istiqlal. Le parti de Nizar Baraka n’a pas encore arrêté sa position : son Conseil national doit se prononcer le 3 octobre sur une éventuelle participation. Cette attente lui donne un poids considérable dans les négociations. Le PAM aura besoin de ses sièges, mais devra aussi s’entendre avec lui sur le programme et sur la répartition des responsabilités ministérielles.
Le deuxième obstacle est le RNI. Les deux formations ont gouverné ensemble, puis se sont opposées durant la campagne en se renvoyant une partie de la responsabilité du bilan sortant. Fatima Ezzahra El Mansouri a depuis affirmé ne poser aucune « ligne rouge » aux discussions. Reste à savoir si une nouvelle alliance avec le parti qui dirigeait jusqu’ici le gouvernement serait comprise par les électeurs comme un changement de cap, ou comme la reconduction de l’ancienne majorité sous une nouvelle présidence.
La voie du PJD, qui compte 54 sièges, apparaît pour l’heure fermée. Abdelilah Benkirane a écarté une participation à un gouvernement conduit par le PAM et annoncé son intention de siéger dans l’opposition. La future cheffe du gouvernement devra donc chercher ailleurs les sièges nécessaires si les discussions avec le RNI ou l’Istiqlal échouent, au risque de multiplier les partenaires et de rendre la coalition plus difficile à conduire.
Il lui faudra enfin répondre à une attente que les seules tractations ne feront pas disparaître. La faible participation électorale, autour de 38 %, rappelle la distance entre une partie des citoyens et la vie politique. Pouvoir d’achat, emploi, école, santé : le prochain gouvernement sera jugé sur ces sujets bien avant les grands rendez-vous de 2030.
Fatima Ezzahra El Mansouri a obtenu la mission de former un gouvernement. Son véritable défi commence maintenant : bâtir une majorité assez large pour tenir, sans composer une équipe si hétérogène qu’elle ne pourrait plus agir.



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