Le Maroc occupe une place de premier plan dans les flux gaziers entre les deux rives du détroit. En juillet 2026, le Royaume a été la principale destination des exportations de gaz naturel depuis l’Espagne. Une position qui souligne l’importance du corridor énergétique ibérique pour Rabat, tout en soulevant la question de la diversification de ses voies d’approvisionnement.
Selon les statistiques de CORES, l’organisme espagnol chargé du suivi des hydrocarbures, le Maroc a reçu 992 gigawattheures (GWh) durant ce mois, soit 47,5 % des exportations espagnoles. Il devance largement l’Italie, avec 160 GWh, le Portugal, avec 78 GWh, et la France, avec 77 GWh. Le Royaume concentre également plus de 97 % des volumes dirigés vers l’Afrique en juillet.
Cette première place mensuelle appelle néanmoins une lecture nuancée. Sur les sept premiers mois de 2026, la France reste le principal débouché, avec 8 742 GWh, devant le Maroc, qui totalise 4 950 GWh, soit 19,3 % des exportations espagnoles. Les livraisons au Royaume reculent même de 13,7 % par rapport à la même période de 2025. Son poids commercial demeure donc important, sans traduire une hausse continue des volumes.
Autre précision essentielle : le gaz acheminé depuis l’Espagne ne doit pas être confondu avec du gaz produit sur son territoire. Le dispositif repose sur des approvisionnements internationaux et sur les infrastructures espagnoles, notamment de regazéification, avant le transport vers le Maroc.
Le gazoduc Maghreb-Europe fonctionne ainsi en sens inverse depuis le 28 juin 2022. Cette réorganisation a suivi l’arrêt des flux algériens vers l’Espagne par cette canalisation, en novembre 2021. Les autorités espagnoles précisent que le gaz envoyé au Maroc provient du marché international et fait l’objet d’une certification destinée à garantir son origine non algérienne.
Pour Rabat, cette coopération constitue une réponse concrète au besoin de sécuriser ses approvisionnements. Pour Madrid, elle valorise ses infrastructures et consolide un débouché de proximité. Les échanges gaziers donnent ainsi une dimension matérielle au partenariat entre les deux voisins.
Mais la lecture stratégique de ces chiffres dépasse le classement des clients. Diversifier les fournisseurs ne suffit pas lorsque les livraisons empruntent le même corridor. La disponibilité des installations, les capacités de transport et les conditions contractuelles restent déterminantes.
L’enjeu pour le Maroc consiste donc à préserver l’efficacité de la voie espagnole tout en développant davantage de possibilités de réception et de stockage. De même, la baisse des volumes ne permet pas, à elle seule, de conclure à une pénurie ou à une moindre activité économique : il faudrait connaître l’évolution de la demande et des autres approvisionnements.
Derrière la première place de juillet se dessine ainsi une priorité nationale : disposer d’une énergie accessible, régulière et acheminée par plusieurs voies, afin de soutenir durablement la compétitivité du Royaume.












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