Fatima Ezzahra El Mansouri a franchi les portes de l’histoire. Elle doit désormais franchir celles d’une majorité parlementaire. Nommée mardi 29 septembre par le Roi Mohammed VI et chargée de former le gouvernement, la première femme appelée à diriger l’Exécutif marocain entre dans une séquence où les félicitations ne constituent pas encore des engagements, et où chaque partenaire potentiel mesure le prix politique de sa participation.
La portée de cette nomination est incontestable. Mais la nouveauté au sommet ne suffira pas à garantir le renouvellement de l’action publique. Ancienne ministre et coordinatrice de la direction collégiale du PAM, El Mansouri devra convaincre qu’elle peut tirer les enseignements du mandat précédent tout en donnant une orientation propre au prochain gouvernement.
Les premiers entretiens du mercredi 30 septembre éclairent déjà ce défi. Reçu en premier, le RNI a exprimé, par la voix de Mohamed Chouki, sa disponibilité à l’aider dans sa mission. Ce signal interdit de considérer son passage dans l’opposition comme définitivement acquis. Il ne constitue toutefois pas, à ce stade, l’annonce d’un accord de coalition.
Nizar Baraka a, lui aussi, salué un moment historique pour le Maroc et les femmes marocaines. Mais le secrétaire général de l’Istiqlal a accompagné ses félicitations d’une exigence : rétablir la confiance et respecter les engagements électoraux. La participation du parti doit encore être examinée par son Conseil national. L’Istiqlal discute donc avec El Mansouri sans lui remettre un chèque en blanc.
À gauche, les réactions dessinent plusieurs lignes. Driss Lachgar considère l’arrivée d’une femme à la tête du gouvernement comme une avancée, tout en maintenant la confidentialité des discussions. Nabil Benabdallah souligne des convergences avec le PAM, mais précise que le PPS n’a pas encore arrêté sa décision. Il place la vie chère, le chômage des jeunes et la confiance des citoyens au cœur de la prochaine étape.
La députée Nabila Mounib adopte une lecture plus critique. Elle refuse de réduire cette nomination à une victoire symbolique pour les femmes et rappelle que la modernité doit s’accompagner de démocratie. Elle met également en cause le bilan du PAM et évoque des irrégularités électorales présumées, qui ne sauraient être présentées comme des faits judiciairement établis. L’Alliance de la gauche confirme, pour sa part, son choix de l’opposition parlementaire.
Ces réactions montrent que l’opposition entend déjà déplacer le débat : de la personnalité de la Cheffe du gouvernement vers les résultats qu’elle devra obtenir.
L’arithmétique impose, elle aussi, ses contraintes. Avec 97 sièges sur 395, le PAM reste loin des 198 voix nécessaires à l’investiture. Il lui manque 101 soutiens. Une alliance avec le seul RNI, fort de 66 sièges, ou avec le seul Istiqlal, qui en compte 65, serait insuffisante. La reconduction des trois formations réunirait 228 députés, mais poserait immédiatement la question du changement attendu après les élections.
C’est ici que se situe le principal dilemme d’El Mansouri. Retrouver les partenaires du gouvernement sortant faciliterait la construction d’une majorité, tout en l’exposant au reproche d’une simple redistribution des responsabilités. Élargir la coalition à d’autres formations pourrait ouvrir davantage le jeu, mais multiplierait les négociations et les risques de désaccord sur les priorités.
Le PJD, dont Abdelilah Benkirane a annoncé le maintien dans l’opposition, réduit encore les possibilités d’alliance. Une rencontre reste néanmoins programmée dans le cadre des consultations : dialoguer avec la Cheffe du gouvernement ne signifie pas nécessairement accepter de gouverner avec elle.
La véritable épreuve sera donc de négocier un programme avant de répartir les portefeuilles. Emploi, pouvoir d’achat, santé, école : sur ces dossiers, une coalition devra arbitrer ensemble, assumer ses décisions et répondre devant les députés. Une majorité nombreuse peut devenir fragile lorsque ses composantes ne partagent que la volonté de rester au pouvoir.
L’ouverture parlementaire du 9 octobre accentue la pression politique, sans constituer une date butoir constitutionnelle pour former le gouvernement. L’investiture interviendra après la nomination des ministres et le vote de confiance sur le programme gouvernemental.
Pour El Mansouri, l’enjeu dépasse ainsi la réussite des tractations. Dans un scrutin marqué par une participation d’environ 38 %, elle devra aussi s’adresser aux citoyens que les partis n’ont pas convaincus de voter.
Sa nomination marque une première. Sa majorité devra démontrer qu’elle peut produire un changement. Le premier verdict politique se lira dans le choix des ministres, la cohérence du programme et la place accordée aux urgences sociales. C’est sur ces décisions que commencera réellement le mandat de Fatima Ezzahra El Mansouri.












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