Le Maroc entreprend des projets d’envergure et obtient des résultats significatifs. Mais ces progrès doivent désormais se traduire dans le quotidien des citoyens : permettre à chacun de se nourrir suffisamment, de disposer de moyens de subsistance, d’accéder à l’éducation et aux soins de santé, et d’être traité avec respect par l’administration. C’est précisément à cette échelle que se mesure l’efficacité du service public.
Parler d’un « Maroc à dix vitesses », c’est reconnaître la diversité des difficultés qui s’accumulent et se chevauchent. Certains ne mangent pas à leur faim ou sont contraints de mendier pour survivre. D’autres enchaînent les petits boulots dans le secteur informel, gardent des voitures sans autorisation pour subvenir aux besoins de leur famille ou travaillent au salaire minimum sans parvenir à couvrir leurs dépenses essentielles. À ces situations s’ajoute celle des jeunes diplômés universitaires sans perspectives d’avenir.
Pour certains, les ressources disponibles permettent de construire des projets. Pour d’autres, les revenus couvrent à peine les besoins essentiels. Certains vivent au jour le jour, tandis que d’autres dépendent de la solidarité pour survivre. Chaque situation appelle des réponses adaptées. Ces réalités se côtoient dans une même ville, un même quartier, et parfois au sein d’une même famille.
Les jeunes ressentent particulièrement ces inégalités. Lorsqu’une université existe dans leur ville, mais que le nombre limité de places oblige un diplômé à poursuivre un master à plus de 700 kilomètres de chez lui, le coût du logement, les transports et les ressources financières de sa famille deviennent des conditions supplémentaires à la poursuite de ses études. Le manque de places peut ainsi transformer une ambition légitime en renoncement.
Pour les femmes, l’accès au marché du travail demeure limité. Selon les chiffres cités dans ce communiqué, au deuxième trimestre 2026, le taux d’activité des femmes âgées de 15 ans et plus était de 18,1 %, tandis que leur taux d’emploi s’établissait à 15,4 %. Pourtant, elles représentaient la majorité des étudiants des universités publiques durant l’année universitaire 2023-2024. Ce contraste souligne un défi majeur : permettre à davantage de femmes de transformer leurs études en indépendance économique.
L’accès aux services publics doit contribuer à réduire ces inégalités. Des écoles accessibles et de qualité, des soins abordables et des procédures administratives claires constituent des conditions essentielles à l’égalité. Or, la complexité des démarches et le manque de considération parfois réservé aux usagers entravent l’exercice de leurs droits.
La transparence est également indispensable, notamment à l’échelle locale. Les citoyens ont le droit de comprendre les projets qui modifient leur cadre de vie : les raisons des décisions prises, leur coût, l’avancement des travaux et les résultats obtenus. Ces informations doivent être accessibles avant, pendant et après leur réalisation.
À El Jadida, ma ville, la disparition des anciennes cabines de la plage de Deauville constitue une blessure pour l’identité locale. Elles représentaient un lieu de mémoire pour les habitants et pour ceux qui y ont grandi. Leur disparition touche aux souvenirs, aux habitudes et à un mode de vie lié au front de mer. Cette dimension collective aurait dû être davantage prise en compte. Les choix d’aménagement, leurs coûts et leurs conséquences doivent être expliqués, et la protection du patrimoine mieux intégrée aux projets futurs.
La capacité de la société civile à demander des comptes, dans le respect des règles, doit être préservée et renforcée. Les associations contribuent à rendre visibles les difficultés, à signaler les irrégularités et à défendre l’intérêt public. Leur vigilance participe à la construction de la confiance démocratique.
Les citoyens ont, eux aussi, leur part de responsabilité : s’inscrire sur les listes électorales, vérifier leur inscription, voter, demander des comptes aux élus et veiller au respect des règles. La participation à la vie collective doit se poursuivre au-delà des échéances électorales, notamment par le suivi des décisions publiques et l’engagement associatif.
Nous demandons au prochain gouvernement de prendre des engagements vérifiables et mesurables : respecter les délais administratifs, garantir des voies de recours effectives, ouvrir des perspectives aux diplômés, adopter des mesures efficaces pour l’emploi des femmes, améliorer l’éducation et les soins de santé, assurer une gestion transparente des fonds publics et rendre les résultats accessibles à tous.
Ces revendications peuvent nous unir : les pouvoirs publics doivent rendre les droits effectifs, et chacun d’entre nous doit contribuer à la vie collective.
Le succès du Maroc sera pleinement accompli lorsque chaque citoyen pourra en ressentir les effets dans sa ville, dans son quartier et dans son quotidien.












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