La France a longtemps rêvé de retrouver Zinédine Zidane à la tête des Bleus. Mais entre l’admiration pour une légende et la confiance accordée à un sélectionneur, une différence demeure : la première repose sur les souvenirs, la seconde se construit au fil des résultats. Le nul 1-1 contre l’Italie, vendredi 2 octobre au Stade de France, ouvre précisément cette nouvelle étape du jugement.
Michael Olise a donné l’avantage aux Français à la 55ᵉ minute, avant l’égalisation d’Alessandro Bastoni à la 68ᵉ. Malgré leurs occasions, les Bleus n’ont pas réussi à reprendre les commandes et ont terminé à dix après l’expulsion de Dayot Upamecano. Une soirée frustrante, qui invite à analyser l’efficacité offensive, la concentration défensive et la maîtrise des moments difficiles.
Il serait pourtant prématuré d’y voir un avertissement décisif contre Zidane. Après deux victoires, ce premier nul ne suffit ni à consacrer son projet ni à le remettre en cause. Trois rencontres donnent des indications ; elles ne permettent pas de mesurer durablement la solidité d’une équipe.
Un entraîneur dont les références dépassent largement le prestige
Zidane ne se présente pas avec son seul passé de joueur. Au Real Madrid, il a remporté onze trophées comme entraîneur, dont trois Ligues des champions et deux championnats d’Espagne. Ses sacres européens de 2016, 2017 et 2018 témoignent d’une expérience exceptionnelle des rencontres à très forte pression.
Ce palmarès constitue un argument majeur en sa faveur. Il ne garantit toutefois pas la réussite en sélection. Dans un club, l’entraîneur travaille quotidiennement avec ses joueurs et peut corriger progressivement les automatismes. Un sélectionneur dispose de rassemblements courts, reçoit des internationaux dans des états de forme différents et doit installer rapidement des principes collectifs.
Sa capacité à transmettre des consignes simples, à choisir les complémentarités et à ajuster son équipe pendant les matchs sera donc déterminante. Le nom de Zidane peut faciliter l’adhésion ; il ne remplace pas une organisation.
L’héritage Deschamps et la double exigence du public
Succéder à Didier Deschamps signifie aussi répondre à des attentes élevées. Une partie du public espère une équipe plus inventive, capable de prendre l’initiative et de mieux exploiter ses talents offensifs. Mais cette attente de spectacle s’accompagne d’une exigence de résultats : les supporters veulent du jeu et des victoires.
Le match contre l’Italie illustre cette tension. Une équipe peut produire des séquences séduisantes sans parvenir à transformer sa domination en succès. Zidane devra trouver l’équilibre entre liberté des attaquants, protection défensive et efficacité dans les surfaces. Son projet sera jugé autant sur sa capacité à débloquer une défense regroupée que sur celle à préserver un avantage.
La gestion humaine comptera également. Distribuer les responsabilités, intégrer les nouveaux, expliquer les choix et maintenir l’implication des remplaçants constituent des tâches essentielles. L’autorité d’une ancienne star se vérifiera dans les décisions difficiles : écarter un joueur réputé, modifier une hiérarchie ou donner sa chance à un profil moins attendu.
Une immense popularité, sans présumer l’unanimité
Zidane est-il le sélectionneur que toute la France voulait ? La formule est séduisante, mais aucun enthousiasme médiatique ne suffit à démontrer une unanimité nationale. Son immense capital de sympathie doit désormais devenir une confiance fondée sur le travail.
Le public devra, lui aussi, accepter une période de construction. Exiger immédiatement une équipe parfaitement aboutie reviendrait à confondre la réputation du technicien avec le temps nécessaire à ses joueurs pour assimiler ses idées. Cette patience n’interdit pas la critique : elle lui donne des critères plus justes.
Les origines ne doivent jamais devenir un critère de compétence
Ses racines familiales kabyles et le choix de son fils Luca de représenter l’Algérie pourraient être instrumentalisés dans un débat identitaire. Ce choix, officialisé en 2025, appartient au gardien et ne remet aucunement en cause l’engagement de son père auprès des Bleus.
La vigilance est nécessaire : la FIFA a documenté les nombreux abus en ligne visant les internationaux français lors du Mondial 2022. Mais ce précédent ne permet pas d’annoncer que les supporters se retourneront nécessairement contre Zidane.
Son avenir doit dépendre de ses choix, de la progression collective et des résultats. La vraie question est donc sportive : saura-t-il transformer une génération talentueuse en équipe cohérente, ambitieuse et capable de gagner sous pression ? C’est sur cette réponse que les Français pourront juger leur sélectionneur. Son prestige lui ouvre une porte ; son travail devra convaincre dans la durée.












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