Une injonction publique, une vague de solidarité et un début de recul : les propos d’Abdelilah Benkirane envers Saâdeddine El Othmani ont ouvert une nouvelle fracture au sein du Parti de la justice et du développement. Ce mardi 6 octobre, le secrétaire général a demandé à son prédécesseur de l’excuser pour une éventuelle offense, qu’il assure ne pas avoir voulue.
Lors d’une rencontre partisane à Nouaceur, Benkirane avait invité l’ancien chef du gouvernement à rester chez lui et à se consacrer à ses activités scientifiques. Il lui reprochait de perturber ses camarades, tout en remettant sur la table sa signature de la déclaration tripartite de 2020 relative à la reprise des relations maroco-israéliennes.
La sortie a suscité des objections jusque dans les rangs du parti. Mohamed Yatim a contesté la personnalisation de cette responsabilité et défendu le droit d’El Othmani à poursuivre ses activités. Issam Rejroujani a réclamé des excuses, tandis que d’autres responsables ont dénoncé une manière de traiter un ancien dirigeant jugée incompatible avec le respect dû à son parcours.
Au cœur du malaise figure une contradiction politique : en décembre 2020, Benkirane avait lui-même défendu El Othmani contre les appels à sa démission, en replaçant sa signature dans ses responsabilités de chef du gouvernement et dans le cadre d’une décision de l’État. Ses détracteurs lui opposent aujourd’hui cette lecture institutionnelle.
Dans son explication, Benkirane invoque un extrait vidéo tronqué et précise qu’il répondait à Abdelatif Ouahbi. Il réaffirme son estime pour El Othmani, mais maintient que certaines participations de celui-ci peuvent être exploitées par les adversaires du PJD. Son geste relève donc d’une demande d’excuse conditionnelle, accompagnée d’une justification.
L’épisode dépasse la querelle entre deux hommes. Il interroge la place du débat et des anciens dirigeants dans un parti où l’autorité du secrétaire général rencontre désormais des objections publiques. L’apaisement dépendra de sa capacité à reconnaître qu’un désaccord politique ne justifie pas l’humiliation d’un compagnon de route.












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