Elles promettent de l’énergie, de la concentration et de la performance. Mais derrière les canettes aux couleurs éclatantes, les boissons énergisantes soulèvent une question bien moins séduisante : quels risques fait-on courir aux enfants et aux adolescents en banalisant leur consommation ?
En France, une mission d’information parlementaire s’est saisie de l’exposition des jeunes aux boissons énergisantes et aux boissons alcoolisées prêtes à boire. Des élus demandent un encadrement renforcé, voire une interdiction de vente aux mineurs. Ces démarches témoignent d’une préoccupation politique croissante, sans devoir être présentées comme une interdiction déjà acquise.
Au Maroc, ce débat mérite de sortir de la confidentialité. Il ne s’agit pas de céder à la panique, mais de prendre au sérieux des risques documentés. Les évaluations sanitaires identifient notamment la caféine comme un facteur susceptible de provoquer des troubles du sommeil, de la nervosité, de l’anxiété et des effets cardiovasculaires. L’Agence française de sécurité sanitaire, l’Anses, recommande aux enfants et aux adolescents d’éviter ces boissons.
Le danger ne se résume pas à une marque ou à une canette. Il dépend aussi des quantités absorbées, de la sensibilité individuelle et du cumul avec d’autres sources de caféine : café, thé ou sodas. Un jeune peut ainsi multiplier les prises sans mesurer sa consommation totale. Quant à la mention « sans sucre », elle ne fait pas disparaître la caféine ni les risques liés à son effet stimulant.
Un autre piège se dessine dans le quotidien scolaire : chercher à repousser la fatigue au lieu de respecter le besoin de repos. Consommer une boisson stimulante pour réviser tard peut perturber le sommeil, avec le risque de rechercher de nouveau un stimulant le lendemain. La promesse de concentration peut alors entretenir précisément la fatigue qu’elle prétend combattre.
La confusion avec les boissons destinées à l’effort sportif doit également être dissipée. Une boisson énergisante n’est pas une solution d’hydratation pour un adolescent qui pratique un sport. Les recommandations sanitaires déconseillent sa consommation pendant l’exercice physique ainsi que son association avec l’alcool.
Cette prévention doit aussi interroger le marketing. Références aux jeux vidéo, univers sportifs, influenceurs et promesses de dépassement de soi : lorsque ces codes touchent un public mineur, les pouvoirs publics doivent examiner les messages diffusés et les pratiques commerciales. Une mise en garde sur l’emballage suffit-elle face à une communication qui transforme la consommation en signe de réussite ou d’appartenance ?
Pour le Maroc, les premières réponses devraient être concrètes : mesurer les usages par une enquête nationale, contrôler les teneurs en caféine et la lisibilité des étiquettes, organiser le signalement des effets indésirables et informer les familles. Les associations de consommateurs ont un rôle essentiel à jouer, aux côtés des professionnels de santé et des établissements scolaires. Un encadrement de la vente aux mineurs et de la publicité qui les cible mérite également un débat public.
Boissons stimulantes, usages excessifs des réseaux sociaux et smartphones en classe appellent des réponses distinctes, mais une même exigence : protéger les adolescents avec une politique cohérente. Un ministère dédié pourrait porter cette ambition. Encore faudrait-il lui donner des moyens, des compétences précises et des objectifs mesurables.
Le prochain gouvernement sera attendu sur cette responsabilité. La protection de la jeunesse ne se jugera pas au nombre de portefeuilles ministériels, mais aux décisions prises, à leur application et aux résultats obtenus. Les familles doivent savoir qui agit, comment et dans quels délais. Attendre que les dommages s’accumulent pour ouvrir le débat serait déjà un échec.











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