L’Algérie a annoncé l’arrestation de 61 ressortissants marocains à Oran, qu’elle accuse de préparer des « actes de sabotage ». L’annonce, faite à trois semaines d’une résolution attendue du Conseil de sécurité de l’ONU sur le Sahara, vise de nouveau les Marocains en tant que peuple, et pas seulement l’Etat marocain.
Dans un communiqué publié dimanche 11 octobre, la Direction générale de la sûreté nationale algérienne affirme que ces personnes ont été interpellées à Oran début octobre et qu’elles « s’apprêtaient à commettre des actes de sabotage portant atteinte à la sécurité et à l’ordre public ». Elle décrit un réseau « particulièrement dangereux » dont les membres auraient pris l’avion jusqu’en Tunisie, franchi la frontière par des sentiers de montagne et les forêts d’El Kala, puis traversé tout le pays jusqu’à l’extrême ouest.
Le texte, qui tient en quelques lignes, ne dit pourtant rien de l’essentiel. Aucune précision sur la nature de ces prétendus actes de sabotage, sur leurs cibles ou sur les moyens censés être utilisés. Les seuls « éléments » mis en avant sont des passeports marocains et des sommes en dirhams et en euros, des objets que n’importe quel voyageur marocain porte sur lui. L’Agence France-Presse elle-même a relevé que les autorités algériennes n’avaient fourni aucun détail sur les projets présumés.
Le scénario laisse perplexe. On voudrait faire croire que 61 « saboteurs » ont voyagé en groupe, avec leurs papiers d’identité officiels, en traversant l’Algérie d’est en ouest avant d’être arrêtés tous ensemble. Aucun service de renseignement ne procède ainsi. Cette histoire a surtout l’avantage de produire un gros titre.
Alger répète depuis des années que son différend oppose l’Algérie au « Makhzen » et jamais au peuple marocain. Les faits disent autre chose. Des garde-côtes algériens ont ouvert le feu sur de jeunes Marocains au large de Saïdia en 2023, la presse proche du pouvoir présente quotidiennement les Marocains comme des espions ou des trafiquants, et le site Algérie Patriotique s’est empressé de se demander s’il ne fallait pas expulser tous les Marocains en situation irrégulière, relayant l’idée d’une expulsion collective. Les Marocains se souviennent aussi de décembre 1975, quand le régime de Houari Boumediene avait expulsé en quelques jours des dizaines de milliers de familles marocaines, les dépouillant de leurs biens.
Le moment n’a rien d’anodin. Le Conseil de sécurité doit adopter fin octobre une nouvelle résolution sur le Sahara, un an après la résolution 2797 qui a consacré le plan d’autonomie marocain comme base de négociation. L’annonce survient quelques jours après la déclaration du président Abdelmadjid Tebboune selon laquelle l’Algérie ne serait pas « plus sahraouie que les Sahraouis », et après les regrets du ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf de voir le dossier réduit à « une simple question de réfugiés ». Faute de pouvoir freiner le processus à New York, Alger se rabat sur la carte de la menace intérieure, la recette habituelle d’un pouvoir en difficulté qui cherche un ennemi extérieur.
Le contraste est frappant avec le discours prononcé le 9 octobre par le Roi Mohammed VI devant le Parlement, consacré aux chantiers de réforme, à la jeunesse, à la régionalisation avancée et aux partenariats. Deux jours plus tard, Alger répondait par un communiqué sécuritaire sans substance.
Pendant ce temps, 61 Marocains sont détenus en Algérie sur la foi d’accusations que rien n’étaie pour l’instant. Le droit international leur garantit les droits de la défense, un procès équitable et une protection consulaire complète, quelle que soit l’intensité des tensions entre Rabat et Alger. Les mécanismes onusiens des droits de l’homme, notamment le Groupe de travail sur la détention arbitraire, ainsi que les grandes ONG, sont appelés à intervenir sans délai pour que les autorités algériennes rendent des comptes.












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