Une adolescente peut-elle véritablement choisir le mariage lorsqu’elle dépend de ceux qui le décident pour elle ? Au lendemain de la Journée internationale de la fille, célébrée le 11 octobre, cette question rappelle que la protection de l’enfance ne se mesure pas seulement aux lois, mais à la liberté réelle laissée aux jeunes filles de construire leur avenir.
Au Maroc, 10 691 demandes de mariage de mineurs ont été autorisées par les tribunaux en 2024, sur 16 985 demandes enregistrées, soit près de 63 %. Ce chiffre concerne la seule année 2024. Il révèle l’importance persistante d’une pratique que le principe d’un mariage à partir de 18 ans n’a pas fait disparaître.
Le Code de la famille fixe effectivement l’âge légal du mariage à 18 ans, tout en permettant des dérogations judiciaires. L’enjeu dépasse donc l’existence d’une règle : il porte sur les conditions dans lesquelles l’exception est accordée et sur la protection qu’elle garantit réellement.
Le premier point décisif est celui du consentement. Une réponse favorable devant un juge ne suffit pas nécessairement à démontrer un choix libre. La pression familiale, la dépendance économique ou la crainte du rejet peuvent influencer une adolescente. Son intérêt exige une écoute permettant de comprendre sa situation, ses souhaits et, surtout, sa possibilité de refuser sans subir de représailles.
Le deuxième enjeu concerne l’évaluation des demandes. Le taux d’autorisation invite à examiner les motifs retenus, la qualité des investigations et la place accordée aux dimensions sociales, psychologiques et scolaires. Il ne démontre pas, à lui seul, que les décisions seraient injustifiées. Mais il appelle une transparence accrue sur la manière dont les tribunaux apprécient l’intérêt de chaque mineure. La pauvreté ou une scolarité interrompue devraient d’abord déclencher une réponse de protection et d’accompagnement.
Le troisième point, souvent moins visible, est le devenir des adolescentes après le mariage. Peuvent-elles continuer leurs études, accéder aux soins et demander de l’aide en cas de violence ou de séparation ? L’UNICEF souligne que les mariages précoces peuvent compromettre l’éducation, les perspectives économiques et la santé des filles, avec des conséquences qui se prolongent dans la génération suivante. Des données sur leurs parcours permettraient de mieux évaluer la portée des décisions prises.
Il faut également distinguer les unions autorisées des mariages non enregistrés, dont l’ampleur est plus difficile à mesurer. Leur invisibilité peut compliquer l’accès aux droits et masquer des situations de vulnérabilité. Quant aux violences sexuelles, le mariage ne doit jamais être présenté comme une réparation : la disposition de l’article 475 protégeant, sous certaines conditions, le ravisseur ayant épousé la mineure a été supprimée en 2014.
Réduire ces unions suppose de soutenir les familles vulnérables, de maintenir les filles à l’école et de rendre accessibles les services de protection. Protéger une adolescente, ce n’est pas seulement examiner une demande de mariage : c’est lui garantir la possibilité de dire non, de poursuivre ses études et de choisir un autre avenir.












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