La jeunesse serbe ne s’est pas contentée de faire entendre sa colère. Elle lui a donné une traduction électorale. Dimanche 25 octobre, la Liste étudiante a remporté les législatives anticipées, obligeant Aleksandar Vučić à reconnaître la défaite de son camp. Les résultats et projections disponibles lui attribuent autour de 140 sièges sur les 250 du Parlement, au-delà des 126 nécessaires pour disposer d’une majorité absolue. La répartition définitive reste toutefois à confirmer.
Le premier enseignement tient à la mobilisation des électeurs. La participation s’est approchée de 70 %, contre environ 59 % en 2023, selon les estimations rapportées au lendemain du scrutin. Ce sursaut montre que le mouvement a réussi à entraîner bien au-delà des campus. Une victoire nationale ne se construit pas avec la seule jeunesse : elle exige de convaincre des familles, des salariés et des citoyens qui ne se reconnaissent plus dans l’offre politique existante.
À l’origine de cette dynamique se trouve un drame : l’effondrement d’un auvent de la gare de Novi Sad, en novembre 2024, qui a coûté la vie à 16 personnes. La demande de vérité et de responsabilité s’est progressivement transformée en contestation d’un système accusé de corruption et de verrouillage institutionnel. Après près de deux années de mobilisation, les étudiants ont fait du rendez-vous électoral le prolongement de leur combat.
Leur réussite repose aussi sur un choix politique : ouvrir la candidature à la société civile. La Liste étudiante ne correspond pas à une assemblée composée exclusivement de jeunes universitaires. Elle rassemble des profils et des sensibilités différents, avec notamment des enseignants et des professionnels. Le cardiologue et universitaire Ilija Srdanović figure à la tête de la candidature. Cette diversité a permis d’élargir les soutiens ; elle constituera aussi une épreuve lorsque viendra le temps des arbitrages.
Car le plus difficile commence. La lutte contre la corruption et l’amélioration de l’éducation figurent parmi les priorités annoncées, mais les responsabilités gouvernementales restent à organiser. Il faudra choisir une équipe, établir un calendrier et transformer les attentes en décisions applicables. La victoire aux législatives ouvre la voie à une nouvelle majorité ; elle ne règle pas, à elle seule, toutes les questions de la transition.
Changer les dirigeants ne suffit pas davantage à modifier les habitudes administratives ou à restaurer la confiance dans la justice et les médias. Les vainqueurs devront défendre des institutions impartiales, capables de contrôler aussi ceux qui arrivent au pouvoir. Ils devront également clarifier leurs positions sur le Kosovo et les relations avec l’Union européenne, dossiers sur lesquels leur diversité pourrait peser.
Le rapprochement avec la Hongrie possède ses limites. La défaite de Viktor Orbán, au printemps, a porté au pouvoir le parti Tisza de Péter Magyar, une formation de centre droit. Les trajectoires diffèrent, même si elles rappellent toutes deux que l’usure d’un pouvoir peut déboucher sur une alternance lorsqu’une opposition parvient à s’organiser.
Vu du Maroc, où les attentes de la jeunesse interrogent également la représentation politique, l’expérience serbe mérite davantage qu’une célébration de la « Gen Z ». Elle invite à réfléchir aux conditions qui permettent de passer de la revendication à l’engagement, puis de l’engagement à la responsabilité.
Un nouveau Mai 1968 ? La formule séduit, mais l’enjeu serbe est désormais plus concret : gouverner. Les étudiants ont démontré qu’ils pouvaient ouvrir une brèche dans un pouvoir installé. Il leur appartient maintenant de prouver que le changement peut durer au-delà de la victoire.












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