Le Maroc a retrouvé de l’eau dans ses barrages, mais il n’a pas encore gagné la guerre de l’eau. Après plusieurs années de sécheresse sévère, les pluies enregistrées cette année ont offert une véritable bouffée d’oxygène au Royaume. Le taux de remplissage des barrages a atteint environ 75,86 %, contre 40,18 % à la même période l’an dernier, soit un bond spectaculaire de plus de 35 points. Les retenues approchent désormais les 13 milliards de m³, un niveau qui sécurise provisoirement l’approvisionnement en eau potable et redonne de la visibilité au monde agricole.
Mais cette embellie ne doit pas tromper. Les pluies récentes ont soulagé les nappes, reverdi les terres et rempli les barrages, sans effacer le caractère structurel du stress hydrique. Le Maroc reste confronté à une équation difficile : une demande en hausse, une agriculture fortement consommatrice, une urbanisation rapide et un climat de plus en plus imprévisible.
C’est dans ce contexte que se construit la souveraineté hydrique du pays. Le Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027, doté de 115,4 milliards de dirhams, repose sur plusieurs piliers : grands barrages, petits barrages, interconnexions entre bassins, dessalement de l’eau de mer, réutilisation des eaux usées et rationalisation de la consommation.
Le dessalement apparaît désormais comme l’arme stratégique du futur. À terme, il permettra d’alimenter les grandes villes côtières, de préserver les ressources souterraines et de soutenir certaines zones agricoles. L’OCP vise notamment une capacité de 600 millions de m³ par an d’ici 2027, contre environ 240 millions de m³ déjà atteints entre Jorf Lasfar et Safi.
La pluie a donc apporté un répit, pas une solution définitive. Le vrai enjeu est désormais de transformer cette accalmie climatique en accélérateur de réforme. Car la souveraineté hydrique ne dépend plus seulement du ciel, mais de la capacité du Maroc à anticiper, investir et mieux gérer chaque goutte.
Par Mounir Ghazali












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