J’ai lu avec beaucoup d’intérêt dans Hespress une proposition qui mérite, au-delà de la campagne électorale actuelle, d’ouvrir un véritable débat de société : faire participer indirectement l’État aux frais de scolarité supportés par les familles marocaines.
L’idée figure dans le programme du RNI pour les législatives du 23 septembre. Le parti promet, s’il dirige le prochain gouvernement, d’instaurer un crédit d’impôt pouvant atteindre 5.000 DH par an et par enfant pour contribuer aux dépenses de scolarité, avec un objectif affiché : soulager notamment la classe moyenne.
La proposition mérite d’être regardée au-delà de son origine partisane. Car la rentrée est devenue un véritable casse-tête financier pour de nombreuses familles : inscription, mensualités, livres, fournitures, transport, restauration et activités s’additionnent, particulièrement lorsque deux ou trois enfants sont scolarisés.
Et lorsqu’on parle du privé, il faut considérer tout l’enseignement privé, y compris les établissements relevant de missions et réseaux étrangers au Maroc, français, espagnols, américains ou autres, où les frais peuvent représenter une part considérable du budget familial.
La vraie question est alors simple : pourquoi la participation financière de l’État à l’éducation devrait-elle s’arrêter à la porte de l’école publique ?
La gratuité de l’école n’est pas un cadeau fait aux parents. Elle traduit le principe selon lequel éduquer un enfant constitue un investissement de la collectivité dans son avenir. Qu’il fréquente le public ou le privé, cet enfant deviendra demain étudiant, salarié, entrepreneur, contribuable et acteur de la société.
Une famille qui choisit le privé prend directement à sa charge une grande partie du coût de cette éducation tout en continuant, par ses impôts, à contribuer au financement des services publics.
Regardons d’ailleurs la France, dont le Maroc s’est souvent inspiré en matière d’organisation éducative. L’enseignement public français est gratuit du primaire au lycée et la gratuité de l’enseignement public constitue un principe fondamental du système éducatif. Mais la France va plus loin : l’État soutient également les établissements privés sous contrat, notamment en rémunérant leurs enseignants, tandis que les collectivités participent sous certaines conditions à leurs dépenses de fonctionnement.
La France accorde même aux foyers fiscaux remplissant les conditions une réduction d’impôt pour les enfants scolarisés au collège, au lycée ou dans le supérieur.
Pourquoi ne pas réfléchir au même principe au Maroc ?
Il ne s’agirait évidemment pas de demander à l’État de payer les frais parfois très élevés de certaines écoles ou missions étrangères. 5.000 DH par enfant constitueraient une participation plafonnée, laissant aux parents la différence correspondant à leur choix d’établissement.
Avec deux enfants, le plafond pourrait représenter 10.000 DH par an ; avec trois, 15.000 DH, si le futur dispositif autorise bien le cumul par enfant dans ces conditions. Les modalités restent donc essentielles à préciser.
Il faudra surtout déterminer si cette aide concernera effectivement tous les établissements privés reconnus, y compris les réseaux étrangers, et comment éviter qu’un mécanisme fiscal ne bénéficie principalement aux ménages déjà suffisamment imposés. Le programme parle d’un crédit d’impôt, mais son fonctionnement détaillé devra être fixé pour savoir précisément qui pourra en bénéficier.
Au fond, la question dépasse largement les 5.000 DH annoncés et même les élections : l’État ne financerait pas l’école choisie par les parents ; il participerait à l’éducation de l’enfant, quel que soit l’établissement dans lequel celui-ci étudie.
C’est peut-être ce principe qu’il est aujourd’hui temps de mettre en débat au Maroc.












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La culture de la rente !!!???
le privé est un choix soit on a les moyens soit on n’a pas. Il faut faire attention aux dépenses publiques pour ne pas rendre
L’État une vache à lait ?
هل أصبحت الدولة بقرة حلوب
Si l’État se désengage progressivement de l’enseignement, il faut aussi se poser une question simple : qui rend justice aux parents qui se sacrifient chaque mois pour financer la scolarité de leurs enfants ?
Permettre de déduire une partie des frais de scolarité des impôts ne serait pas un cadeau fait aux parents. Ce serait une reconnaissance de leur effort et un investissement de l’État dans les futurs citoyens et contribuables du pays, qu’ils soient scolarisés dans le public ou dans le privé.
Cette mesure pourrait également avoir un effet positif sur l’enseignement public : davantage de familles pourraient choisir le privé, ce qui réduirait mécaniquement la pression sur les établissements publics, leurs effectifs et leurs infrastructures. Avec moins de classes surchargées, l’État pourrait concentrer davantage de moyens sur les élèves qui restent dans le public et améliorer la qualité de l’enseignement.
On peut d’ailleurs regarder ce qui s’est passé dans le secteur de la santé avec l’AMO : le remboursement des soins a contribué au développement du secteur privé, tout en élargissant l’accès aux soins pour les citoyens.
Pourquoi ne pas réfléchir à un mécanisme similaire pour l’éducation ?
L’objectif ne devrait pas être de favoriser le privé au détriment du public, mais de donner aux parents un véritable choix, reconnaître leur effort financier et considérer chaque dirham investi dans l’éducation d’un enfant comme un investissement dans l’avenir du Maroc
Il faut améliorer l’enseignement public. Si les parents décident d’envoyer leurs enfants dans le privé, c’est une décision personnelle, et ne doit nullement être soutenue financièrement par nos impôts, qui doivent être réservées aux nombreux chantiers prioritaires dans les domaines de la santé, de l’enseignement, de la protection sociale et j’en passe.