Le Maroc vient de franchir un cap attendu de longue date dans le domaine de la protection sociale en se dotant enfin d’une Agence nationale de protection de l’enfance, une structure réclamée depuis des années par le tissu associatif, les défenseurs des droits de l’enfant et plusieurs organisations internationales.
Cette décision marque une avancée importante dans un dossier longtemps relégué au second plan, malgré la gravité des situations vécues par de nombreux enfants en situation de vulnérabilité. Abandon, maltraitance, marginalisation, précarité extrême : autant de réalités qui ont nourri, durant des décennies, les appels à une prise en charge plus rigoureuse, plus humaine et surtout mieux structurée.
La création de cette agence traduit ainsi une prise de conscience plus affirmée de la nécessité d’agir face à une problématique qui ne peut plus être traitée dans la dispersion ou l’improvisation. Longtemps taboue ou abordée avec retenue, la protection de l’enfance s’impose aujourd’hui comme une priorité sociale à part entière.
Mais au-delà de l’annonce, le véritable enjeu résidera dans la capacité de cette agence à s’inscrire dans un cadre légal et judiciaire cohérent. La protection de l’enfance ne peut en effet être dissociée des mécanismes juridiques existants, qu’il s’agisse du rôle des juges des mineurs, des dispositions relatives à la famille ou encore des textes encadrant les violences, l’abandon et les atteintes aux droits fondamentaux des enfants. Sans articulation claire avec l’appareil judiciaire et les institutions concernées, cette nouvelle structure risquerait de voir son action limitée.
Autre défi majeur : la coordination avec les multiples intervenants déjà actifs sur le terrain. Associations, services sociaux, Entraide nationale, collectivités territoriales, établissements éducatifs et autorités judiciaires agissent souvent avec des moyens inégaux et selon des logiques parfois dispersées. La réussite de l’agence dépendra donc aussi de sa capacité à fédérer ces efforts, à éviter les chevauchements et à bâtir une chaîne d’intervention efficace, lisible et réactive.
Car la création d’une institution, aussi attendue soit-elle, ne suffit pas à elle seule à résoudre des années de fragilités accumulées. Cette agence devra bénéficier de ressources humaines qualifiées, de moyens financiers adaptés et d’une présence réelle sur le terrain pour répondre aux besoins des enfants abandonnés, maltraités ou exclus.
Tous les espoirs se concentrent désormais sur cette nouvelle structure, appelée à porter un chantier humain parmi les plus sensibles du pays. En se dotant enfin d’un outil dédié à la protection de l’enfance, le Maroc envoie un signal fort. Il lui reste désormais à transformer cette volonté en actions concrètes, durables et mesurables, pour que les enfants les plus vulnérables ne soient plus laissés en marge de la société.
Par Mounir Ghazali












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