Après avoir longtemps constitué la viande refuge des ménages modestes, le poulet recommence à peser lourd dans le panier des Marocains. À Casablanca, son prix oscille désormais entre 22 et 24 dirhams le kilo au détail, tandis que le gros atteint 17 à 17,50 dirhams. Une poussée qui touche également d’autres marchés et intervient au moment où les familles supportent déjà de nombreuses dépenses de rentrée.
Paradoxalement, cette flambée trouve son origine dans… l’effondrement précédent des prix.
Avant l’Aïd Al-Adha, la filière produisait entre 12 et 12,5 millions de poussins par semaine. Face à une demande en recul, cette abondance avait provoqué une chute spectaculaire du poulet à la ferme, vendu entre 6 et 8 dirhams le kilo, très en dessous des niveaux permettant à de nombreux éleveurs de couvrir leurs charges.
Les pertes ont alors produit un effet domino. Des éleveurs ont réduit ou interrompu leur activité et beaucoup n’ont pas repeuplé leurs exploitations en mai et juin. Le prix du poussin était même tombé entre 30 et 50 centimes, conduisant certains couvoirs à vendre prématurément leurs reproductrices. Quelques mois plus tard, la facture arrive : moins d’élevages, moins de poulets et, mécaniquement, des prix qui remontent.
Cette montagne russe révèle surtout une faiblesse structurelle : la difficulté de la filière à réguler production et stockage. Les professionnels réclament davantage d’abattoirs industriels et de capacités frigorifiques afin d’absorber les excédents lorsque la production explose et de les remettre sur le marché lorsqu’elle se contracte. La dinde, dont environ 80 % de l’activité passe par ces circuits, affiche justement davantage de stabilité, autour de 15 à 16 dirhams le kilo.
Une détente est espérée à partir de fin octobre, avec le retour progressif des éleveurs dans le cycle de production. Mais pour le consommateur marocain, le constat reste amer : quand le poulet devient cher, c’est désormais l’une des dernières viandes accessibles qui s’éloigne de son portefeuille.



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