Dans un contexte marqué par la flambée des prix de l’énergie et une contestation sociale persistante autour du changement d’heure, la ministre de la Transition énergétique, Leïla Benali, est montée au créneau pour défendre les choix du gouvernement. Invitée sur 2M, elle a abordé sans détour les dossiers les plus sensibles, révélant une politique énergétique sous tension, entre contraintes internationales et marges de manœuvre limitées.
Premier sujet brûlant : le maintien de l’heure GMT+1, devenu un véritable irritant dans l’opinion publique. Face à la montée des critiques, la ministre reconnaît une évaluation incomplète, jusque-là centrée uniquement sur l’impact énergétique. Un aveu qui ouvre la porte à une révision plus globale, intégrant désormais les répercussions sociales et quotidiennes de cette mesure controversée.
Mais c’est surtout la question des carburants qui cristallise les inquiétudes. Leïla Benali rappelle que la libéralisation du secteur en 2015 constitue le point de départ des dysfonctionnements actuels. Un choix assumé, mais mal encadré, reconnaît-elle implicitement. Résultat : un marché livré à lui-même, sans mécanismes efficaces pour amortir les chocs internationaux ni protéger le consommateur.
Malgré tout, le gouvernement tente de contenir la pression. Chaque mois, près de 1,6 milliard de dirhams sont injectés pour soutenir le pouvoir d’achat, notamment via les subventions au gaz butane, à l’électricité et au transport. Un effort budgétaire conséquent, présenté comme un rempart contre une hausse encore plus brutale des prix à la pompe.
Sur le dossier épineux de la Samir, la ministre tempère les attentes. La relance de la raffinerie de Mohammedia, à l’arrêt depuis près d’une décennie, ne constitue pas une solution miracle. Dans un marché mondialisé, une seule infrastructure ne saurait inverser la tendance. Toutefois, l’exploitation partielle de ses capacités de stockage reste envisagée, sous conditions strictes.
En parallèle, le Maroc accélère sa stratégie énergétique alternative. Développement de terminaux GNL, projet de gazoduc Maroc-Nigeria, réforme de l’ONHYM… autant de chantiers destinés à renforcer la souveraineté énergétique du Royaume dans un environnement régional instable.
Car les tensions géopolitiques au Moyen-Orient pèsent lourdement sur les approvisionnements. Si les stocks actuels offrent une visibilité de quelques semaines, la vigilance reste de mise. D’autant que le cadre juridique, hérité des années 70, apparaît aujourd’hui dépassé face aux réalités du marché.
En filigrane, c’est toute la politique énergétique marocaine qui se retrouve à un tournant. Entre réforme de la fiscalité, refonte de la Caisse de compensation et encadrement d’un marché libéralisé mais peu régulé, les défis sont immenses. Une chose est sûre : le prochain gouvernement héritera d’un chantier stratégique où chaque décision pèsera lourd sur le quotidien des Marocains.












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