À deux semaines de l’Aïd Al-Adha, les souks à bestiaux du Royaume offrent un visage inhabituel. Les moutons sont bien là, en nombre, alignés à perte de vue dans les marchés hebdomadaires et les points de vente improvisés, mais les acheteurs, eux, se font désespérément rares. Une situation qui commence à inquiéter sérieusement les éleveurs, confrontés à une chute brutale de la demande dans un contexte marqué par la flambée persistante du coût de la vie.
Dans plusieurs villes et campagnes, les professionnels du secteur parlent d’un début de saison “très calme”, loin de l’effervescence habituelle qui accompagne traditionnellement cette période. Malgré une offre abondante et des troupeaux disponibles partout, les citoyens hésitent à franchir le pas. La principale raison évoquée reste le niveau jugé excessif des prix, largement au-dessus des capacités financières d’une grande partie des ménages marocains déjà éprouvés par l’inflation, la hausse des factures et l’érosion du pouvoir d’achat.
Sur les réseaux sociaux, les appels au boycott ou à la rationalisation des dépenses liées au sacrifice prennent de plus en plus d’ampleur. De nombreux internautes estiment que les tarifs pratiqués cette année ne correspondent plus à la réalité sociale du pays. Cette pression numérique a fini par influencer le comportement des consommateurs, dont beaucoup préfèrent désormais attendre les tout derniers jours avant l’Aïd, dans l’espoir d’une baisse des prix dictée par la loi du marché.
Une stratégie qui plonge les éleveurs dans l’incertitude. Après plusieurs années difficiles marquées par la sécheresse, la hausse du prix des aliments pour bétail et l’augmentation des coûts de transport, beaucoup espéraient cette fête religieuse pour récupérer une partie de leurs pertes. Or, le ralentissement actuel des ventes fait craindre des scénarios de bradage de dernière minute.
Cette situation rappelle d’ailleurs les déclarations du chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, qui avait conseillé aux éleveurs de mettre leurs moutons en vente très tôt afin d’éviter “le piège du marché”, à savoir une forte disponibilité pouvant entraîner une baisse des prix à l’approche de l’Aïd. Une sortie qui avait suscité des réactions contrastées, certains y voyant une manière de protéger les intérêts des éleveurs avant ceux des consommateurs, alors que de nombreux citoyens peinent déjà à suivre le rythme de la vie chère.
Dans les souks, l’ambiance oscille désormais entre attente et inquiétude. Les éleveurs espèrent encore un retournement de situation dans les prochains jours, tandis que les familles marocaines continuent de scruter le marché avec prudence, dans l’espoir de trouver un mouton à un prix plus raisonnable. Cette année plus que jamais, l’Aïd semble se jouer autant sur le terrain de la foi et des traditions que sur celui du pouvoir d’achat.












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