La dernière sortie médiatique du président algérien Abdelmadjid Tebboune, davantage commentée au Maroc qu’en Algérie en raison de son passage sur le Sahara marocain, vient d’être contredite sur le terrain par des tirs visant la ville d’Es-Smara, non revendiqués mais attribués au Polisario. Beaucoup y voient un message indirect de l’état-major algérien et du général Saïd Chengriha en réponse à un président jugé trop imprudent dans ses déclarations.
Dans cette intervention, Tebboune reconnaît certes des avancées significatives dans le processus de règlement du conflit, impulsé notamment par Washington. Mais surtout, il évite d’évoquer le principe d’autodétermination du peuple sahraoui, longtemps défendu par les séparatistes du Polisario et au cœur de leur argumentaire diplomatique. Ces propos ont suscité de nombreuses interprétations, dont deux principales méritent d’être retenues.
La première lecture consiste à voir dans cette prise de position une manière pour le président algérien de prendre ses distances avec la ligne militariste et expansionniste défendue par certains hauts gradés de son pays. Ce repositionnement s’inscrirait dans le contexte du bras de fer qui l’opposerait à une partie de l’appareil militaire, laquelle chercherait à lui barrer la route vers un nouveau mandat présidentiel. Cette rivalité au sommet de l’État algérien est évoquée depuis plusieurs mois et semble appelée à se prolonger, voire à s’intensifier. À travers cette sortie, Tebboune aurait voulu rappeler qu’il demeure le seul maître des décisions politiques du pays.
La seconde interprétation renvoie à une possible volonté du président algérien de se rapprocher de États-Unis et d’engager une forme de « paix des braves » avec Washington, en consentant à certaines concessions sur le dossier du Sahara, au grand dam d’une partie de la hiérarchie militaire. En amorçant ce virage diplomatique, dont les effets restent encore à confirmer sur le terrain, Tebboune chercherait également à démontrer qu’il contrôle toujours les leviers de la diplomatie algérienne.
Quoi qu’il en soit, cette sortie est loin d’être anodine et pourrait marquer un tournant important, à moins que des forces contraires ne viennent rapidement rétablir l’équilibre et provoquer une riposte politique contre un président que certains de ses anciens soutiens militaires pourraient juger allé trop loin. Certains observateurs n’excluent même pas que Tebboune cherche, à terme, à obtenir une forme de soutien ou de protection américaine en contrepartie de ce repositionnement stratégique.
Par Jalil Nouri












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